Japon (13) Marine Impériale (6)

Marines Soleil Levant

Pendant le combat naval ressemblait davantage à une bataille terrestre qu’autre chose. On cherchait l’abordage pour permettre à des soldats embarqués de prendre le contrôle du navire ennemi.

Pas étonnant donc que les différentes marines disposaient d’unités d’infanterie plus ou moins conséquentes, certaines quasi-anonymes (les compagnies de débarquement) et d’autres bien plus prestigieuses (Royal Marines, Infanterie coloniale issue des Compagnies de la mer, Tercio de Armada).

Même après le développement de l’artillerie et l’abandon de l’abordage comme principal moyen de combat naval, les marines continuaient de disposer d’éléments terrestres pour la défense des bases, pour des raids (les fameuses «descentes») et pour défendre les intérêts politiques et commerciaux avec la politique de la cannonière.

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Infanterie de marine japonaise à Shanghai 

Le Japon n’échappe pas à la règle et va disposer d’unités terrestres destinés principalement à des missions de garde et de défense même si peu à peu, les «Japanese Marines» vont adopter un mode d’action bien plus offensif.

Si le volume de forces (et l’opposition de l’Armée) interdisait à ces unités de mener des combats comparables à ceux menés par l’USMC ou même par les Royal Marines, elle ne leur interdisait pas de mener des raids, des opérations coup de poing.

Regroupées sous le vocable générique de Forces Navales de Débarquement, les TDM japonaises se répartissaient en plusieurs composantes :

-La Force Navale de Débarquement ou Kaigun-rikusen-tai est le strict équivalent de nos compagnies de débarquement à savoir des marins de cuirassés, de croiseurs, de destroyers mis à terre avec un armement léger pour une opération ponctuelle et de très courte durée.

-La Force Spéciale de Débarquement Navale ou Kaigun-tokubetsu-rikusen-tai correspond davantage aux Marines américains ou aux Royal Marines britanniques puisqu’il s’agit de bataillons de 650 à 1200 hommes.

Les premiers bataillons de ce type apparurent en 1928 après que la marine japonaise eut compris les limites des compagnies de débarquement tant pour les manœuvres à terre que pour le service à bord des navires.

Quatre bataillons sont initialement mis sur pied portant comme noms les principales bases de la marine impériale à savoir Kure, Maizuru, Sasebo et Yokosuka. Ces bataillons sont engagés en Chine en 1932 notamment dans la région de Shanghai.

A la fin des années trente, de nouveaux bataillons sont créés pour opérer en Chine (Hankow et Shanghai). En 1940, le nombre de bataillons passe de six à dix. On compte douze bataillons en 1945, quatorze en 1947 et enfin seize en 1948.

Si quatre sont stationnés en Chine, les douze autres sont répartis entre Kure (cinq), Maizuru (trois), Sasebo (deux) et Yokosuka (deux). Durant la guerre, cinq autres bataillons sont créés (un à Maizuru, un à Sasebo et trois à Yokosuka).

Cette augmentation se fait au détriment des effectifs qui passe peu à peu de 1200 à 650 hommes ce qui réduit la puissance de feu et la capacité combative des unités.

A noter qu’entre-temps, un bataillon de Yokosuka et un de Kure seront transformés en unités parachutistes, ces unités réalisant plus de sauts opérationnels que les parachutistes de l’armée !

Là encore point de sauts massifs mais de simples opérations coup de poing pour prendre des objectifs stratégiques.

A l’origine ces bataillons étaient des unités d’infanterie plus capables d’assurer la défense de bases navales que pour mener des raids et des opérations amphibies. Peu à peu l’entrainement s’améliora mais jamais ces bataillons ne furent capables de rivaliser avec leurs homologues étrangers.

Ils jouèrent un rôle modeste durant la phase de conquête puis une fois le Japon sur le reculoir, ils servirent plus à la défense, les opérations offensives devenant rarissimes et jamais au delà d’un but tactique ou local.

Au niveau de l’équipement, il était identique aux unités de l’armée avec le même armement, le même uniforme. La seule exception étant lors du service à bord des navires où ils portaient l’uniforme de la marine. Des chars et des autos-blindées sont également mis en œuvre par ces unités mais en petit nombre.

-La Force Navale Combinée de Débarquement est une tentative pour regrouper plusieurs bataillons décrits principalement en une brigade et ainsi augmenter leur puissance de feu. Cinq brigades sont mises sur pied au cours du conflit avec des résultats mitigés, le temps manquant pour faire de ces groupements de véritables brigades de combat.

-La Force Socle (Konkyo-chitai) et la Force-Socle Spéciale (Tokubetsu-konkyo-chitai) étaient des unités de taille diverses destinées à des missions de défense locale hors du Japon notamment en Corée et à Formose. Une cinquantaine d’unités de ce type fut mise sur pied.

-Les unités de défense (Bobi-tai) étaient des unités de défense chargées de la protection des bases navales au Japon. D’effectifs variables, ces unités pouvaient disposer de batteries d’artillerie et de champs de mines chargés d’empêcher les navires ennemis d’opérer dans les eaux nationales.

-Les unités de garde ou Kebi-Tai était chargées comme leur nom l’indique de défendre les bases de la marine impériale. Ils dépendaient souvent de la Force-Socle et de la Force-Socle Spéciale. Ces unités de la taille d’une compagnie (100-150 hommes pas plus) furent assez nombreuses, une centaine de ces unités à été recensée.

-On trouve également des unités de défense antiaérienne (Boku-Tai), des batteries antiaériennes (Koshaho Chutai) des bataillons de travailleurs (Setsuei-tai), des unités de transmissions (Tsushin-tai) et des unités de police militaire (Tokkeitai)

Navires amphibies

Si les opérations amphibies ont été conceptualisées au 20ème siècle au cours du second conflit mondial, ce type d’opération est pour ainsi dire aussi vieux que la guerre navale puisque comme nous l’avons vu plus haut, les premières batailles navales étaient en réalité des batailles terrestres sur l’eau.

Plus tard au temps de la marine à voile, au temps des corsaires, les abordages et autres descentes annonçaient les opérations amphibies du vingtième siècle.

Pourtant il s’en fallut de peu pour que ce type d’opération ne voit jamais le jour suite à l’échec de l’opération alliée aux Dardanelles, une opération stratégiquement bien pensée mais exécutée de manière catastrophique ce qui fit dire que prendre pied sur une côte défendue était devenue chose impossible.

Le Pacifique, théâtre insulaire et archipélagique aurait du pousser les japonais et les américains à développer une conception moderne des opérations amphibies mais quand la guerre éclate en mars 1950, bien peu de choses ont été faites.

Il n’existe ni chez les japonais ni chez les américains de stratégie dédiée, de corpus doctrinal et très peu de navires spécialisés pour pouvoir débarquer en dehors des ports et des mouillages. De plus au Japon, la rivalité Armée/Marine aggrave le problème, les deux entités développant chacun de leur côté les navires destinés aux opérations amphibies.

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Le Shinshu Maru

En 1935, l’armée de terre à mis en service le premier LPD/TCD de l’histoire, le Shinshu Maru, un navire disposant d’un radier pouvant mettre à l’eau des embarcations de débarquement. Quelques embarcations sont également construites mais fort peu de chose par rapport à la taille du théâtre d’opérations.

Quatre autres navires sont construits avant l’entrée en guerre du Japon suivis de sept autres portant le total à douze navires comparables aux LSD/TCD occidentaux.

Durant le conflit l’armée de terre va faire construire d’autres navires amphibies spécialement conçus pour cette mission en l’occurrence des navires type ES, l’équivalent nippon des LST occidentaux. Vingt-deux navires sont ainsi mis en service entre juin 1950 et septembre 1953.

Ces navires capables de plager si ils manquent les opérations initiales de la conquête des Philippines vont ensuite participer à toutes les opérations d’invasion de l’armée japonaise. Leur dernière grande opération amphibie concerne les Salomons. Ensuite ils se contenteront de mener des missions de ravitaillement.

Aux ES succèdent les T1, des navires d’un déplacement quasiment doublé puisqu’il passe de 968 à 1800 tonnes.

Dans le cadre de programmes de guerre toujours plus délirants, on prévoit d’abord 12 puis 64 puis 72 et enfin 46 navires de ce type mais au final seulement 22 seront mis en service entre janvier 1953 et mars 1954. Ils ne participeront à aucune opération amphibie mais subiront de lourdes pertes lors de missions de ravitaillement toujours plus difficiles.

A côté de ces navires ont trouve également des navires type SB, des navires de 1020 tonnes divisés en deux sous-types, les T-101 ou SBD à moteur diesel et les T-103 ou SBT à turbines. Pas moins de 102 navires sont prévus mais seulement 64 sont achevés, 58 à turbines et 6 à diesels, ces navires étant partagés entre l’armée de terre (48 dont les 6 T-103) et la marine (16 T-101)

Avant le déclenchement de la guerre du Pacifique, le Japon avait fait construire en très grand nombre (2500 exemplaires) les Daihatsu, des chalands de débarquement de 20 tonnes et de 14m de long.

Le Japon en guerre, 1800 autres exemplaires sont produits avant de céder la place à partir de 1952 aux Moku Daihatsu de 15m (1140 exemplaires), aux Chuhatsu de 13m (trois exemplaires) et aux Toku Daihatsu (20 exemplaires) de 17m.

Le Japon produit également un engin original, le Umpoto de 36.7 tonnes pouvant être démonté en trois sections pour être transporté sur le pont d’un sous-marin mais à notre connaissance, il n’à jamais été utilisé en opérations. Enfin à la fin de la guerre, on trouve 200 à 300 engins de 12.5 tonnes baptisés Toku 2-Shiki Naikarei.

Bases et établissements de la marine impériale japonaise

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Arsenal Impérial de Yokosuka en baie de Tokyo (Yokosuka Kaïgun Kosho)

Comme l’à si bien dit Alfred Mahan, une marine sans ailes c’est à dire sans bases appartient au passé. Si les marines antiques ont pu se passer de bases solidement outillées, les marines à voile et plus encore les marines de l’acier et de la vapeur ne peuvent se passer de bases parfaitement outillées.

En effet, il faut pouvoir abriter les navires, les ravitailler, les réparer et les protéger à l’aide de puissantes batteries côtières.

La marine japonaise n’échappe pas à cette règle d’or. Après des premières années consacrées à la construction et à l’acquisition de navires modernes, le Japon se préoccupe de mettre sur pied des bases et des arsenaux notamment celui de Yokosuka construit avec l’aide d’un prestigieux conseiller technique hélas bien oublié aujourd’hui : Emile Bertin.

En septembre 1939, la Nihon Kaigun dispose de quatre bases principales en l’occurence Kure, Maizuru, Sasebo et Yokosuka. A chacune de ces bases correspond un District Naval, un organe de commandement mais également un arsenal pour les réparations et les constructions neuves, une base aéronavale, des usines de production de matériel militaire, des installations de communication, un hôpital, une prison.

Toutes ces bases ont été établies à la même époque à savoir à la fin du 19ème siècle. Si certaines comme Yokosuka n’ont été que le prolongement d’un premier effort shogunal, les autres ont été créées ex-nihilo.

Ces bases sont toujours là en septembre 1948 et a fortiori en mars 1950. Peu de travaux ont été menés, tout juste a-t-on modernisé les installations, agrandit les bassins pour suivre l’augmentation de la taille des navires soutenus.

A côté de ces bases majeures on trouve également des bases navales plus petites comme Ominato chargée de contrôler et de surveiller le détroit de Tsugaru, voie stratégique s’il en est puisqu’elle sépare l’île d’Honshu de l’île d’Hokkaïdo.

On trouve également des arsenaux chargés de la production de canons, de munitions mais sans facilités pour l’entretien des navires. C’est le cas des arsenaux de Toyokawa et de Suzuka établis à la fin des années trente ou celui d’Hikari et d’Hiro établis au début des années quarante, le premier ayant le même rôle que les deux précédents alors que celui d’Hiro avait pour mission de produire avions et hydravions au profit de la marine.

A noter qu’en dépit de leur position stratégiquement importante pour le Japon, aucun projet d’ampleur ne sera mené pour dôter certaines colonies de l’empire japonais de bases navales dignes de ce nom comme la Corée, Formose ou Okinawa. Quelques travaux sont menés pour équiper ces territoires de moyens limités d’entretien et de ravitaillement. Il n’y aura cependant pas de projet d’établissement d’une base comparable à Cam-Ranh sur l’île d’Okinawa, sur l’actuel Taïwan ou au sud de la péninsule coréenne.

Difficile d’en connaître la raison exacte mais on peut avancer qu’il s’agit d’un mélange de manque de moyens industriels et financiers, d’une défiance vis à vis des populations locales ou de la confiance en une guerre courte rendant illusoire l’idée de posséder des installations importantes loin du Japon.

Le résultat ne va pas tarder à se faire sentir. Quand il devint évident que le conflit allait durer, les japonais se mordirent les doigts de ne pas avoir aménagé un arsenal bien équipé par exemple à Formose, sur l’île d’Haïnan ou à Okinawa, obligeant les marins japonais à devoir ramener les navires lourdement endommagés jusqu’au Japon.

Oh certes il y à avait bien les bases alliées prises (Cam-Ranh, Cavite, Subic, Singapour, Batavia) mais celles-ci étaient généralement en mauvais état entre les bombardements, les combats et les sabotages.

Durant leur avancée vers l’Australie et la Nouvelle-Calédonie, la marine japonaise aménagea force bases, aérodromes et autres dépôts mais ce n’était que des installations tactiques, des bases de ravitaillement sans grandes capacités d’entretien et de réparations.

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