Japon (8) Marine Impériale (1)

HISTOIRE ET EVOLUTION DE LA MARINE JAPONAISE

Avant-Propos

La Dai-Nippon Teikoku Kaigun ou Nihon Kaigun voit le jour en 1869, trois ans après la renaissance impériale et le début de l’ère Meiji. Cette marine connait une rapide évolution tant qualitative que quantitative.

Non seulement la marine impériale japonaise va rapidement assimiler les technologies et les techniques occidentales (essentiellement britanniques et françaises) mais va également développer des navires, des sous-marins et des avions qui n’auront rien à envier aux réalisations occidentales.

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Le Yamato lors de ses essais à la mer

Disposant des plus puissants cuirassés du monde en septembre 1948 (les terrifiants Yamato avec leurs neufs canons de 460mm tirant des obus de 1300kg), de porte-avions modernes, de destroyers équipés de torpilles Long Lance, la marine japonaise peut compter sur des équipages très entraînés et particulièrement affûtés notamment au combat de nuit où ils régneront longtemps en maîtres.

C’est donc un adversaire redoutable pour l’US Navy, la Royal Navy, les FNEO et la marine néerlandaise mais cet adversaire n’à pas les reins solides. Ne disposant pas d’une industrie suffisament dévellopée, manque de ressources naturelles, aveuglée par le concept toxique de la bataille décisive, la marine japonaise va être incapable de faire face à une guerre longue.

Après l’échec de l’opération contre la Nouvelle Calédonie (octobre 1951), la marine japonaise va connaître une longue et lente agonie même si quelques coups de griffe obligent les américains à rester prudents et vigilants jusqu’à la fin du conflit.

Cependant cette marine impériale n’est pas apparue comme une génération spontanée, la marine de guerre et le Japon c’est une longue histoire.

Une histoire navale du Japon

Très rapidement, le Japon s’est intéressée à la péninsule coréenne ce qui à impliqué dès le IIIème siècle le transport de troupes entre l’archipel et la Corée. Il faut cependant attendre le Moyen-Age pour trouver de véritables références au «combat naval» avec notamment les deux tentatives d’invasion mongole en 1274 et 1281.

A l’époque, le Japon qui n’est pas unifié ne dispose pas d’une marine capable d’affronter la marine mongole en haute mer. Néanmoins, les sources de l’époque cite l’emploi par des samouraïs de petites embarcations pour prendre à l’abordage les navires du Grand Khan.

Au 16ème siècle on assiste à un effort important de construction navale par les clans se disputant la suprématie sur l’archipel. Les navires conçus sont l’équivalent de monitors, des bateaux cuirassés, opérant dans les eaux côtières avec des canons et des fusils.

Il faut attendre le 17ème siècle en profitant des contacts avec l’occident pour que le Japon produise ses premiers navires océaniques. Cette période est brève puisque le choix de la fermeture (Sakoku) entraîne l’interdiction de construire des navires capables de franchir l’océan.

Deux siècles plus tard, au milieu du 19ème siècle, le Japon inquiet de la présence croissante des navires occidentaux se remit à étudier la construction de navires de guerre océaniques capable d’affronter des navires étrangers et éviter au pays du soleil levant le sort peu enviable de la Chine.

En 1855, le shogunat Tokugawa mit sur pied une école de formation navale à Nagasaki. Des aspirants sont envoyés à l’étranger pour se former et ramener au Japon le savoir-faire britannique, français, plus généralement occidental.

Louis-Émile_Bertin

Louis-Emile Bertin

Des ingénieurs occidentaux sont également recrutés au Japon pour mettre sur pied des infrastructures modernes, le plus connu étant Emile Bertin, le fondateur de l’arsenal de Yokosuka.

Le 17 janvier 1868 est créé le ministère des affaires militaires. Une revue navale organisée le 26 mars en baie d’Osaka permet au Japon de prendre conscience de son retard.

En juillet 1869, la marine impériale est officiellement créée même si il faudra attendre deux ans pour que les marines privées soient privées et intégrées à la marine impériale japonaise.

Une croissance rapide

En 1872, le ministère des affaires militaires est divisé en deux entités, un ministère de l’Armée et un ministère de la Marine. Un très ambitieux programme de construction est alors lancé, la Nihon Kaigun voulant disposer de 200 navires répartis en dix flottes.

Très vite, le réalisme reprend le dessus. Outre le manque de ressources industrielles, le Japon doit dévelloper son armée de terre pour faire face à des rébellions comme celle de Satsuma, le chant du cygne des samouraïs.

L’armée de terre prend le dessus en terme de priorités. Selon les principes de Shusei Kokubo (défense statique) et Rikushu Kaiju (l’armée en premier puis la marine), la politique navale japonaise voit la priorité donnée aux défenses côtières et aux navires de petits tonnages.

En dépit d’une industrialisation menée à marche forcée, le Japon ne peut encore être totalement autonome en terme de constructions navales. Le pays se résout à se tourner vers l’étranger pour disposer rapidement de navires modernes.

Dans un premier temps, c’est la Grande-Bretagne qui fait figure de modèle à suivre. A l’époque, la Royal Navy est la première marine du monde, le britannia rules the wave semble être éternel, aucun pays ne menaçant sérieusement l’hégémonie des marins de Sa Majesté sur les mers.

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Croiseur de bataille Kongo

Outre la commande de navires (le dernier grand navire commandé en Grande-Bretagne est le croiseur de bataille Kongo livré en 1913, ses trois sister-ship étant construits au Japon avec l’assistance technique des chantiers Vickers), des missions de formation sont envoyées au pays du soleil levant pour former officiers, officiers mariniers et matelots.

A la fin du XIXème siècle, la France devient une autre puissance influente. En 1885, la France remporte des victoires décisives contre la Chine, puissance tutélaire en Indochine. L’utilisation de la torpille impressionne suffisamment les japonais pour les pousser à adopter cette arme en compagnie de sa cousine la mine marine.

De 1886 à 1890, l’ingénieur du Génie Maritime Louis-Emile Bertin répond à l’appel de l’empereur et du gouvernement pour venir apporter son savoir-faire. Outre la conception de croiseurs protégés de 4300 tonnes, Louis-Emile Bertin est à l’origine de la création des arsenaux de Kure, de Sasebo ainsi que de la base navale de Yokosuka où une statue rend hommage ce grand homme.

C’est à partir des années 1890 que le Japon commence à récolter les fruits de ses efforts. La marine japonaise se heurte en 1894 à une marine chinoise elle aussi en cours de modernisation mais cette modernisation est incapable d’empêcher la déroute de la flotte du Nord à l’embouchure du Yalu le 1er août 1894, huit des douze navires chinois étant coulés.

Cette bataille navale est décisive puisqu’elle empêche la Chine de renverser la tendance générale du conflit, le Japon prennant rapidement l’ascendant pour ne plus le lacher jusqu’à la signature du traité de Shimonoseki.

Cette victoire japonaise entraine une intervention des puissances occidentales et notamment de la Russie qui s’inquiète de cette irruption dans ce qu’elle considère sa chasse gardée en l’occurence la Mandchourie et plus généralement le nord de la Chine.

Cette intervention, cette ingérance est vue comme une véritable humiliation par les japonais qui redoublent d’efforts pour devenir une puissance militaire crédible.

En l’espace de dix ans (1895-1905), les effectifs sont multipliés par quatre (15100 à 40800 hommes), le nombre de navires augmente de manière sensible et à la veille de la guerre russo-japonaise, la Nihon Kaigun aligne six cuirassés de fabrication britannique, huit croiseurs cuirassés (quatre britanniques, deux italiens, un allemand et un français), neuf croiseurs (cinq construits au Japon, deux britanniques et deux américains), vingt-quatre destroyers (seize construits en Grande-Bretagne et huit au Japon) et soixante-trois torpilleurs (vingt-six en Allemagne, dix en Grande-Bretagne, dix-sept en France et dix au Japon), une marine militairement respectable.

La guerre russo-japonaise : le Japon entre dans la cour des grands

Les relations russo-japonaises sont anciennes mais ne sont pas marquées par l’hostilité ou l’animosité jusqu’à la fin du XIXème siècle comme nous venons de le voir. Deux impérialismes s’affrontent pour le contrôle de la Mandchourie, la région la plus riche de la Chine.

D’un côté la Russie veut contrôler Port Arthur, un port libre de glaces toute l’année (toujours cette obsession de l’accès aux mers chaudes) alors que de l’autre côté, le Japon veut éviter que la Russie ne s’impose dans la région au risque d’évincer Tokyo de la région.

Le conflit n’est qu’une question de temps. En 1902, la Grande-Bretagne et le Japon signent un traité d’alliance prévoyant une assistance automatique en cas d’agression par une tierce puissance ce qui pousse la Russie à renforcer ses liens avec la France.

Un conflit de près d’un an va opposer le «petit» Japon au «colosse» russe mais ce colosse est un colosse aux pieds d’argile. Le 8 février 1904, l’escadre russe mouillée à Port-Arthur est attaquée par surprise par la flotte japonaise, subissant de lourdes pertes qui permet aux japonais d’assiéger cette ville qui ne tombera qu’en janvier 1905.

Le clou naval est cependant la bataille de Tsushima. Le 27 mai 1905, l’escadre de l’amiral Tojo écrase dans le détroit de Tsushima (entre la Corée et le Japon) l’escadre de l’amiral Rojestvensky.

Cette dernière à appareillé de Liepaja en mer Baltique le 15 octobre 1904. Elle entame un véritable tour du monde passant par le cap de Bonne Espérance, une partie passant par la Méditerranée et le canal de Suez.

Au large du Dogger Bank, des chalutiers britanniques sont pris pour des torpilleurs…..japonais et cannonés. La Russie et la Grande-Bretagne sont à deux doigts d’entrer en guerre mais finalement l’incident ne dégénère pas en conflit ouvert.

Le voyage est un calvaire. Le ravitaillement en charbon est compliqué, les avaries se multiplient et les équipages fatigués, épuisés sont au bord de la mutinerie générale. C’est donc une escadre de navires usés aux équipages démoralisés qui se présente dans le détroit de Tsushima à l’aube en ce 27 mai 1905.

Les navires russes qui doivent rejoindre Vladivostok pour se ravitailler, se réparer et faire face à la marine japonaise sont répérés à 4h00 du matin. A 5h00 l’escadre de l’amiral Tojo («le Nelson japonais») appareille.

Elle est composée de navires guère supérieurs aux navires russes les plus modernes mais elle dispose de nombreux torpilleurs, est mieux entraînée et plus motivée.

Le combat est plié en quelques heures. C’est un désastre pour la marine russe qui sur les trente-huit navires engagés perd sept cuirassés, six croiseurs, cinq destroyers et un navire-atelier soit dix-neuf navires auxquels il faut ajouter deux croiseurs coulés le lendemain. Sept sont capturés et six désarmés. 4545 marins russes sont tués, 6106 prisonniers, le tout pour la perte côté japonais de 116 marins et de trois torpilleurs.

Cette bataille va cependant avoir un effet pervers. Tout comme les allemands avec leur Entscheidungsschlacht, les japonais vont se persuader qu’une guerre peut être remportée par une bataille décisive, oubliant que Tsushima opposa une escadre parfaitement entraînée à une escadre épuisée, au bord de la mutinerie généralisée et que le conflit était quasiment gagné par le Japon.

Cette victoire va aussi conduire le bouillant amiral Fisher, premier lord de l’amirauté à imaginer un cuirassé rapide, le croiseur de bataille étant une création issue des réflexions menées par les marines étrangères essayant de tirer les leçons de cette bataille.

Après sa victoire sur la Russie, le Japon devient une puissance de premier plan. Plus personne n’allait contester les capacités de la marine japonaise. L’annexion de la Corée en 1910 permet le contrôle de la mer de Chine orientale.

Alors que les nuages s’amoncellent au dessus de l’Europe, le Japon est devenu une puissance navale de premier plan, disposant d’une flotte moderne (le Satsuma manque de peu de devenir le premier cuirassé à artillerie principale monocalibre), bien équipée, bien entrainée.

La marine japonaise dans le premier conflit mondial

Quand le premier conflit mondial éclate en Europe en août 1914, le Japon est lié par un traité d’alliance avec la Grande-Bretagne. Logiquement le 23 août 1914, Tokyo entre en guerre aux côté des alliés, cette guerre permettant au Japon de renforcer sa position dans la région en s’emparant de la colonie allemande de Tsingtao où la marine japonaise utilise pour la première fois des hydravions pour bombarder les positions germaniques.

Les troupes japonaises sont effet débarquées le 2 septembre, six jours après le blocus naval de la ville. Le siège débute le 31 octobre et s’achève par la capitulation allemande le 7 novembre.

Outre la prise de Tsingtao et de la péninsule du Shandong, le Japon va pouvoir s’emparer des colonies allemandes du Pacifique ainsi que des intérêts économiques allemands en Chine.

Cette victoire remportée, la marine japonaise se retrouve sans ennemi à combattre. En effet, l’escadre de l’amiral Von Spee à été détruite au large des Malouines et la seule action japonaise dans la région consiste à garder les routes commerciales dans le Pacifique et dans l’Océan Indien.

Néanmoins, une petite escadre est envoyée en Méditerranée pour assurer des escortes de convois et la lutte anti-sous-marine.

Cette escadre qui arrive le 13 avril 1917 à Malte était composée d’un croiseur et de huit destroyers qui assurèrent 348 sorties, l’escorte de 788 navires transportant 700000 hommes, sauvant 7075 naufragés. Deux croiseurs ont également été déployés au Cap.

Cependant alors que le conflit s’achève, le Japon à d’autres préoccupations en tête en l’occurence construire une flotte capable de rivaliser avec l’US Navy.

C’est l’acte de naissance d’une nouvelle course aux armements qui succède à celle ayant opposé la Royal Navy et la Kaiserliche Marine quelques années plus tôt.

Toujours plus : les programmes navals japonais et américains face à face

La défaite russe en 1905 avait mis Petrograd hors jeu dans la région, laissant le Japon et les Etats-Unis seuls pour le contrôle du Pacifique. Dès cette époque, il était évident qu’un conflit allait opposer Tokyo à Washington pour le contrôle de cette immense étendue d’eau découverte par Magellan.

Pour controler le Pacifique, il faut des navires, des cuirassés capable de s’opposer efficacement à leurs homologues ennemis.

Alors que le premier conflit mondial fait rage en Europe, les deux pays vont planifier un imposant programme de construction de cuirassés et de croiseurs de bataille, profitant de leur neutralité (pour les Etats-Unis) ou de leur engagement limité (pour le Japon).

Ce sont les américains qui tirent les premiers avec le Naval Act du 29 août 1916 qui prévoit la construction de dix cuirassés et de six croiseurs de bataille soit seize navires de ligne. Le financement nécessaire est étalé sur les FY (Fiscal Year) 1917/1918/1919.

Quelques mois plus tard, les japonais connaissent les détails du programme naval américain et ripostent le 14 juillet 1917 avec le programme «8-4» qui prévoit huit cuirassés et quatre croiseurs de bataille dont l’achèvement est prévu pour 1924.

Cela nous donne douze navires de ligne mais pour peu de temps puisque ce programme est remplacé par le programme «8-8» qui comme son nom l’indique prévoit huit cuirassés et huit croiseurs de bataille à achever pour le 1er avril 1928.

Comme avant guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, une nouvelle course aux armements oppose deux alliés de Londres qui ne peut constater que son déclassement. Le temps du Two Pounder plus Ten (la Royal Navy doit avoir un tonnage équivalent aux deux marines qui la suivent plus une marge de sécurité de 10%) est bien loin….. .

La fin du premier conflit mondial ne met pas fin à cette course folle au cuirassé toujours plus puissant, toujours plus rapide, toujours mieux armé. Seulement voilà, le contexte économique de l’après guerre, le pacifisme de l’opinion publique rend cette course aux armements navals pour le moins indécente.

A l’initiative de la Grande-Bretagne, une conférence se réunit à Washington (et non à Londres ce qui est tout sauf insignifiant) en novembre 1921 pour limiter les armements navals et le 6 février 1922, est signé le traité de Washington.

Au grand dam des japonais, ce traité stoppe la construction des cuirassés mis en chantier à partir de 1917.

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Le Nagato

Sur les seize navires de ligne prévus, seulement deux seront achevés comme cuirassés en l’occurence les Nagato et Mutsu _le second étant le premier navire à tirer vraiment les leçons de la bataille du Jutland_ , un cuirassé (Kaga) et un croiseur de bataille (Akagi) étant achevés en porte-avions, le premier nommé remplaçant l’Amagi dont la coque avait été très endommagée par le tremblement de terre du 1er septembre 1923.

En effet, le traité consacre la supériorité du duo Etats-Unis/Grande-Bretagne qui obtient davantage de tonnes de cuirassés que le Japon, générant davantage de frustration et de dépit au sein de la marine nippone qui va se diviser en deux factions, celle des traités et celle de la flotte, la seconde finissant par triompher de la première, les seconds considérant les premiers comme des mous, n’hésitant pas à recourir à l’assassinat pour faire triompher ses vues.

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