Japon (4) Histoire (3)

Essor et marche à la guerre (1914-1950)

Le Japon dans le premier conflit mondial

En août 1914, la première guerre mondiale éclate en Europe. Ce conflit redouté (ou espéré) depuis des années éclate suite aux conséquences de l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc François Ferdinand.

De prime abord, le Japon est peu concerné par ce conflit lointain et pourtant le pays du soleil levant va être engagé dans ce conflit considéré chez les intellectuels japonais comme une guerre civile européenne.

Comprenant que ce conflit va immobiliser l’immense majorité des ressources européennes sur le Vieux continent, le Japon y voit l’occasion d’étendre son influence en Asie. Après avoir hésité à s’engager aux côtés de la Triple Entente (Grande-Bretagne, France,Russie) ou de la Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie,Italie), le Japon choisit la première, le traité anglo-nippon du 30 janvier 1902 expliquant aisément ce choix.

Le 8 août 1914, le Japon propose à la Grande-Bretagne une action commune en Extrême-Orient mais Londres n’est pas enthousiaste, ayant parfaitement compris que Tokyo espérait profiter du conflit pour étendre son influence en Asie du Nord-Est. C’est finalement la Russie qui poussa la Grande-Bretagne à accepter cette offre du bout des lèvres.

Londres demanda à Tokyo de s’emparer des possessions allemandes qu’il s’agisse du port de Tsingtao en Chine mais également des archipels des Mariannes, des Marshall et des Carolines. Un ultimatum est envoyé à Berlin le 15 août qui avait jusqu’au 23 pour répondre. A midi en ce vingt-troisième jour d’août, le Japon déclara la guerre à l’Allemagne.

Le 27 août 1914, une escadre bloque Tsingtao et cinq jours plus tard, des troupes japonaises associés à quelques centaines de britanniques débarquent dans la péninsule du Shandong.

Le 13 septembre, la gare est prise ainsi que la ligne Tsingtao-Tsinan. Le siège de Tsingtao débute le 31 août, la garnison allemande (4500 hommes environ) se rendit le 7 novembre, l’ensemble du territoire étant occupé trois jours plus tard (10 novembre 1914).

A la même période, la flotte japonaise occupe les archipels allemands du Pacifique, n’ayant pas à affronter l’escadre de l’amiral Von Spee qui avait reçu l’ordre de rentrer en Europe mais qui fût détruite au large des Malouines le 8 novembre 1914, les britanniques se vengeant de la sanglante défaite de l’amiral Cradock à Coronel.

Ces opérations terminées, le Japon déclina l’invitation à envoyer des troupes en Europe. Il y eu bien des torpilleurs japonais en Méditerranée pour des missions d’escorte mais l’engagement nippon en Europe s’arrêta là.

En janvier 1915, craignant l’annexion de la péninsule du Shandong, le gouvernement chinois demandant l’évacuation des troupes japonaises de la région.

Sachant ne rien craindre d’une intervention occidentale, le Japon refusa et soumis ces 21 demandes à la Chine, demandes ayant pour but de prendre le contrôle économique et politique de la Chine ou du moins d’y être un interlocuteur incontournable. La Chine accepte et le traité est signé le 25 mai 1915.

En 1916, l’Allemagne essaya de détacher le Japon des autres puissances alliées mais n’obtint aucun résultat, Tokyo signant avec Saint-Petersbourg un accord s’interdisant une paix séparée avec l’Allemagne et planifia d’éventuelles actions communes en Mandchourie et en Mongolie.

En 1917, des navires japonais furent envoyés en Méditerranée en l’occurence deux croiseurs et huit destroyers.

Un temps, la marine britannique envisagea de demander l’envoi en Europe d’un ou deux croiseurs de bataille classe Kongo pour contrer une sortie dans l’Atlantique de croiseurs de bataille de la Hochseeflot mais cette demande ne fût jamais officiellement formulée et vu que le Japon souhaitait renforcer ses positions dans le Pacifique, il est plus que douteux que les japonais auraient donné leur accord.

En 1917, le Japon obtint des puissances alliées la reconnaissance de ses intérêts en Chine et dans le Pacifique.

Cette reconnaissance fût cependant remise en cause par la chute du régime tsariste ainsi que l’entrée en guerre des Etats-Unis et de la Chine, permettant à cette dernière de défendre ses intérêts dans la future conférence de paix.

Avec le retrait de la Russie du conflit, l’Allemagne pu engager toutes ses forces en Europe, menaçant de remporter la guerre avant l’arrivée massive des américains. Pour éviter cela, Clemenceau et Churchill demandèrent aux japonais de fixer des troupes allemandes en Extrême-Orient.

Cette demande fût le prétexte tout trouvé pour étendre l’influence japonaise en Sibérie. Le 12 janvier 1918, des troupes japonaises débarquent à Vladivostok. Après moultes hésitations (l’opinion publique japonaise n’étant guère emballée par cette aventure), le Japon déploya 70000 hommes dans la région qui ne tardèrent pas à soutenir les Blancs dans la guerre civile russe.

Comme les Etats-Unis, le Japon profita largement sur le plan économique de la guerre en multipliant par 4 ses exportations. L’industrie augmenta massivement sa production pour fournir le pays et les pays en guerre notamment les alliés.

Résultat en juin 1919, la signature du traité de Versailles consacra le Japon comme grande puissance et le pays devint membre permanent de la nouvelle Société Des Nations censée réguler les relations internationales et éviter les conflits.

Une démocratisation inachevée ou la militarisation du Japon

La première guerre mondiale voit le Japon terminer dans le camp des vainqueurs. Tokyo participe à la guerre civile russe en soutenant les russes blancs en Extrême-Orient mais cette campagne difficilement compréhensible par l’opinion est peu populaire (ce qui tord le coup à l’image d’un peuple japonais uni et uniforme).

Au niveau socio-économique, le Japon continue de connaître une croissance démographique très importante, passant de 51 à 70 millions en l’espace de vingt-cinq ans (1914-1940), atteignant les 75 millions en 1950 quand le volet Asie-Pacifique du second conflit mondial éclate.

Tokyo qui passe de 2 millions en 1905 à 5.5 millions en 1935 devient l’égal de Londres ou de New-York. Néanmoins la poussée démographique concerne surtout l’île d’Hokkaïdo, nouvellement colonisée, cette dernière doublant quasiment sa population en passant de 1.8 millions en 1913 à 3 millions en 1940 avec notamment trois villes de plus de 10000 habitants (Hakodate, Sapporo et Muroran).

La question de la surpopulation occupe le débat public. Dans un archipel dépourvu de ressources naturelles, la question se pose de devoir limiter ou non l’augmentation de la population.

Deux écoles s’affrontent : les «malthusiens» partisans de limiter la population et leurs adversaires qui voient dans cette limitation une menace pour la puissance japonaise qu’elle soit économique ou coloniale.

Les japonais n’ont pas attendu cette époque pour s’expatrier. Deux millions de japonais sont présents das les colonies et un million dans des pays étrangers notamment aux Etats-Unis où 40000 nippons émigrent, faisant souche.

La condition féminine évolue, certains femmes se hissent à des postes de responsabilité mais elles ne peuvent toujours pas voter. D’autres groupes sociaux comme les aïnous et les coréens cherchent la reconnaissance mais sans succès.

Parallèlement, l’enseignement supérieur se développe, le nombre d’étudiants étant multiplié par neuf entre 1915 et 1940 (9695 à 81999), cette augmentation entraînant une radicalisation politique des étudiants que ce soit à droite et à gauche.

Le pays s’industrialise ce qui entraîne un exode rural et par conséquent un déclin de la société rurale en dépit des efforts du gouvernement pour soutenir l’agriculture. Plus que le risque de famine, c’est le risque de troubles et de subversion (sous-entendue communiste) qui inquiète les gouvernants et les militaires japonais.

Au niveau de la culture, le nombre de journaux augmente tout comme les postes radios et les cinémas ce qui facilite la diffusion des idées nouvelles y compris dans les coins les plus reculés du pays.

Les cafés, les grands magasins et les galeries d’arts favorisent l’émergence d’une culture de plus en plus urbaine, industrielle, culture qui s’adresse surtout aux classes moyennes et aux jeunes adultes. Comme dans tous les pays se modernisant, on assiste à une querelle entre les anciens et les modernes.

Le cinéma japonais est en pleine croissance avec en 1940 une dizaine de grandes compagnies cinématographiques qui s’appuie sur l’histoire et le patrimoine culturel japonais.

Au niveau politique, la crise Taisho avait montré le poids des militaires dans la vie politique japonaise, poids qui allait aller en s’accentuant dans les années à venir mais ce n’était pas forcément écrit. C’est ainsi que pendant une quinzaine d’années, on assiste au dévellopement d’une culture parlementaire et démocratique.

Cette émergence s’explique par la montée en puissance des classes moyennes et du milieu ouvrier, un terreau favorable au dévellopement des idées libérales et démocratiques ainsi qu’à la critique de l’autoritarisme d’état.

Le suffrage universel masculin est élargi en 1925 à tout homme de plus de 25 ans mais la même année une loi est votée pour s’opposer à la montée en puissance de l’extrême gauche. Cela ne l’empêche pas de faire rentrer huit élus au parlement en 1928.

Cette loi dite «de préservation de la paix» est explicitement tournée vers la gauche et l’extrême-gauche puisqu’elle interdit tout mouvement remettant en cause la monarchie impériale et la propriété privée.

Le parti communiste japonais est ainsi de facto interdit même si son état groupusculaire représentait une menace réelle bien moins importante que celle fantasmée par les élites au pouvoir.

En apparence, le Japon s’appaise à l’extérieur et se démocratise à l’intérieure mais en réalité, la situation est beaucoup plus inquiétante.

On trouve pelle-mêle un parlementarisme inabouti, des fragilités économiques, des mutations sociales trop brutales ou mal prises en compte par l’Etat, des déceptions causées par le modèle occidental, des réactions autoritaires, identitaires.

A cela s’ajoute le mécontentement de certains cercles militaires. Si l’armée de terre du en rabattre suite à l’échec de l’expédition de Sibérie, la marine n’à jamais vraiment accepté le traité de Washington (1922) qui avait donné le coup de grâce au programme naval «8-8» qui prévoyait la construction de huit cuirassés et de huit croiseurs de bataille.

Une véritable hantise du déclin et des crispations identitaires favorisent l’émergence d’un courant politique autoritaire qui va peu à peu tourner le dos au modèle démocratique et parlementaire, remis en cause suite à une série de scandales financiers et l’absence de base populaire aux partis politiques qui ne sont que des machines électorales remplies d’apparatchiks.

Même l’ouverture au monde et l’occidentalisation est critiquée, remise en cause, les Etats-Unis qui jadis faisaient rêver la jeunesse japonaise deviennent bien moins séduisants avec le dévellopement de l’isolationisme sans compter la puissance du KKK (4 millions de manifestants à Washington en 1925), l’affaire Saco et Vanzetti sans oublier la législation des quotas limitant drastiquement l’immigration qu’elle soit européenne ou asiatique.

Cette hantise s’appuie sur des événements tangibles comme le tremblement de terre du Kanto (septembre 1923, 140000 morts), une crise financière en 1927 suivit des conséquences de la crise mondiale de 1929 même si le Japon va se remettre plus rapidement que d’autres pays.

Dans les années trente, un véritable «fascisme wasabi» se met en place. Ce n’est pas un fascisme à l’européenne avec un parti unique, un chef charismatique, des mouvements de masse, un antisémitisme forcené mais un régime politique propre au Japon.

En effet, là où les différents fascismes européens sont «républicains», le fascisme à la japonaise voue un culte au trône et à l’empereur. Alors que sa vénération divine avait peu à peu décliné, les années trente voit le retour à un véritable sanctification de l’empereur Hiro-Hito, considéré comme un dieu, considéré comme descendant des divinités ayant créé le Japon.

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Hirohito

Un véritable bouillonnement intellectuel secoue le Japon. Des sociétés secrètes n’hésitent pas à pratiquer des assassinats politiques contre ceux qu’ils considèrent comme des mous et des tièdes notamment ceux réticents vis à vis de la politique d’expansion extérieure qui risque de compromettre les relations du Japon avec l’URSS et les Etats-Unis.

Si ce bouillonement s’était limité à des groupuscules ultra-nationalistes, cela aurait pu être gérable mais ce bouillon idéologique séduit de jeunes officiers ambitieux qui voient là un moyen de sceller définitivement la mainmise de l’armée sur le cabinet.

Depuis l’ère Meiji, un compromis régissait les rapports entre les militaires et le cabinet. En échange d’une indépendance quasi-totale des forces armées, les militaires devaient s’abstenir de se mêler des affaires politiques même si statutairement les ministres de la Guerre et de la Marine devaient être des militaires. Cet accord bancal allait être de moins en moins respecté au fil des ans.

Un coup d’état mené en mars 1931 échoue mais non par la résistance du régime parlementaire mais parce que les généraux l’ont désavoué, outrés que les colonels à l’origine du pronunciamento aient voulu gouverner à leur place !

Plus qu’une politique concertée et claire, on assiste à une véritable «stratégie de la tension» faite d’arrangements, de chantages politiques, de coups de force, d’assassinats, voir de mutineries, émanant tantôt de hiérarques, tantôt de jeunes officiers ambitieux.

Peu à peu l’armée japonaise devient indispensable au pouvoir politique. L’armée se mêle de tout aussi bien de la guerre que de l’économie, des médias ou encore du système éducatif.

Un premier ministre est assassiné en 1930, un deuxième en 1932. Le pouvoir civil traumatisé cède à la vogue autoritariste, la démocratie parlementaire devient bientôt un souvenir, les cabinets d’union nationale dont l’émergence est favorisée par l’Empereur Hiro-Hito donnant un vernis «démocratique» à un régime autoritaire.

Un signe ne trompe pas. Les mouvements de gauche sont pourchassés, traqués par un dispositif policier toujours plus étoffé alors que les militaires engagés dans des actions terroristes ne reçoivent que des sanctions ridicules, les procès étant transformés en tribunes ultra-nationalistes.

Le 26 février 1936, une nouvelle tentative de coup d’état à lieu à Tokyo, tentative entrée dans l’histoire sous le nom de «2-26». Cette tentative échoue même si les pertes humaines sont sévères en raison de l’action énergique de l’empereur Hiro-Hito qui supervise lui même la répression, action énergique qui contraste avec la mollesse et l’indécision des généraux.

Logiquement, l’échec de ce coup d’état aurait du conduire à un retour des militaires dans leurs casernes et une renaissance de la démocratie parlementaire. C’est tout le contraire qui se produit, la loi martiale décrétée au moment du coup d’état n’est pas abrogée et ne le sera pas avant le début de la seconde guerre mondiale.

Ce coup d’état à même eu un effet cathartique au sein de l’armée puisque les plus extrémistes sont mis à l’écart, ne laissant dans le circuit que les plus loyaux et les plus fidèles à l’empereur. Il ne met cependant pas fin à la rivalité entre l’armée de terre et la marine.

Les deux entités ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une stratégie commune, l’armée de terre étant obsédée par l’URSS, rêvant de s’emparer d’une partie de la Sibérie soviétique, la marine poussant à s’emparer des colonies européennes de l’Asie du Sud-Est pour permettre à l’économie japonaise de rivaliser avec l’économie américaine.

Plus grave encore, les terriens comme les marins partagent le concept vicié de la bataille décisive,hantés par la bataille de Tsushima, refusant d’imaginer un autre scénario qu’une guerre courte mais suffisamment triomphale pour pousser les Etats-Unis à une paix de compromis.

En attendant d’affronter l’URSS ou les Etats-Unis, le Japon se lance dans une campagne de Chine qui comme nous allons le voir ultérieurement allait être bien plus longue et coûteuse que prévue, obligeant l’armée à ravaler l’idée d’une invasion de l’URSS au profit d’une hypothèse sud-est asiatique.

Sur le plan intérieur, cette campagne dans le bourbier chinois provoque certes un mécontentement de l’opinion mais surtout un renforcement du pouvoir de l’Etat notamment au niveau de l’économie solidement régentée par une série de lois et de décrets.

La presse est mise au pas et l’opinion publique solidement encadrée par la Confédération Patriotique de l’Industrie (qui remplace les différents syndicats) et par l’Association de soutien au Trône qui remplace les différents partis.

Cette fascisation du Japon va préparer l’opinion à la guerre. Initialement, l’entrée en guerre était prévue pour 1942 mais en réalité il faudra encore attendre huit ans pour que le Japon bascule dans la guerre

L’expansion du Japon ou la politique du pire

Tant que le Japon était replié sur lui même et à l’écart de toute industrie, l’absence de ressources minières ne posait pas de problèmes, le pays vivait en quasi-autarcie avec des échanges commerciaux très limités (pour ne pas dire plus).

Le choix de moderniser le pays, de le doter d’une industrie capable de rivaliser avec les pays européens impose d’avoir accès à des ressources comme le minerai de fer ou le charbon. En temps de paix, les échanges commerciaux permettent en y mettant le prix d’acheter ce dont à besoin l’industrie mais en cas de guerre ?

D’où l’idée de contrôler des ressources et de les utiliser sans demander l’autorisation à un pays étranger. C’est ainsi que le Japon allait succomber à la tentation coloniale en profitant de sa nouvelle supériorité vis à vis des pays voisins.

Loin de se présenter comme un pays ami, capable de libérer ses «frères de race» de la tutelle européenne, le Japon va se considérer comme une puissance supérieure, un grand frère paternaliste. A cela s’ajoute un mépris souverain pour les coréens et les chinois vus comme des incapables et des inférieurs.

En 1910, la Corée est annexée par le Japon. Très rapidement des troubles éclatent notamment en 1919. Ces troubles sont violemment réprimés mais Tokyo doit lâcher du lest. La colonisation fait l’objet d’un débat féroce.

Les partisans de la colonisation voit dans la crise économique un argument supplémentaire. En effet, comme de nombreux pays ont élevé des barrières douanières et pris des mesures protectionnistes, l’acquisition d’un marché économique captif est vu comme une solution à la crise.

Ses détracteurs se posent moins des questions «droitdelhommistes», libérales et généreuses que sur des questions d’assimilation des coréens et des formosans sans compter le coût en matière de sécurité et d’exploitation.

La principale zone d’expansion concerne naturellement la Chine. En 1911, la dynastie Qing avait été renversée et la république proclamée. A sa tête Sun-Yat-Sen qui décède en 1925, impuissant de voir le pays s’enfoncer à nouveau dans l’anarchie, l’autorité du gouvernement central étant réduit à peu de choses, des seigneurs de la guerre contrôlant la majorité du territoire national.

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Tchang-Kaï-Chek

Lui succède le chef de la branche militaire du Kuomintang, Tchang-Kaï-Chek alors âgé de 38 ans, un véritable animal politique, formé militairement au Japon il se donne pour première tache de mettre au pas les seigneurs de guerre avec l’aide des soviétiques qui voient dans le nouvel homme fort chinois un moyen de contrebalancer l’influence nippone dans la région.

Cette assistance oblige Tchang-Kaï-Chek à ménager un temps les communistes mais dès qu’il se sent en position de force, il se retourne contre ses «alliés» du PCC qu’il extermine en 1927. Ce comportement intrigue à Tokyo qui ne sait sur quel pied danser. Est-il une créature des communistes ou est-il un nouvel homme fort capable de régénérer la Chine et tenir tête à Tokyo ?

Comme l’analyse est maladroite, le comportement l’est tout autant. Le 18 septembre 1931, l’armée du Kwantung (du nom d’un morceau de terre au sud de la péninsule du Liao-Tong) organise un attentat contre la ligne de chemin de fer du Sud-Mandchourien.

Cet attentat qui annonce l’attaque de la radio de Gleiwitz par les allemands en septembre 1939 est attribué à des «bandits chinois». C’est le prétexte pour envahir toute la Mandchourie qui devient le Mandchoukhouo, un état fantoche dirigé par l’empereur Pu-Yi, le dernier empereur de Chine.

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Pu Yi

Cette agression fait scandale mais les réactions internationales ne sont que diplomatiques ce qui comme en Europe à partir de 1935 allait encourager Hitler à démanteler les clauses du traité de Versailles.

La conquête de la Mandchourie doit permettre selon leurs prometteurs de disposer d’une colonie agricole et industrielle, rendant le Japon autosuffisant ou du moins lui permettant de mener une guerre longue contre soit l’URSS (option Nord privilégiée par l’armée de terre) ou contre les Etats-Unis (option Sud privilégiée par la marine).

Côté chinois, on aurait pu s’attendre à une guerre contre le Japon mais Tchang-Kaï-Chek préfère temporiser. Non seulement il sent son pouvoir encore peu sur mais de plus les communistes comme ses rivaux du Kuomintang s’agitent ce qui l’empêche de pouvoir si il l’avait voulu de lancer une guerre totale contre le Japon.

Contrairement à ce qu’on à longtemps cru, Tchang-Kaï-Chek ne privilégie pas la lutte contre les communistes à la guerre contre le Japon. Simplement dans un contexte extraordinairement compliqué, le leader du Kuomintang hierarchise priorités et urgence : lutter contre les communistes pour cimenter la nation chinoise qui une fois unie sous sa férule pourra se lancer dans une guerre totale contre le Japon.

Alors que la communauté internationale est encore remontée contre le Japon et son agression mandchoue, Tokyo se lance dans une nouvelle aventure militaire en direction de Shanghaï.

Jalouse des succès de l’armée de terre, soucieuse de justifier ses budgets, la marine souhaite elle aussi participer au démantèlement de la Chine en jouant la politique du pire dans la direction de Shanghaï.

A partir du 18 janvier 1932, les incidents se multiplient justifiant l’envoi d’une puissante escadre et de fusiliers marins qui s’appuient sur la présence dans la ville d’une concession japonaise.

Les combats éclatent le 28 janvier mais contrairement aux prévisions, les chinois se battent, les moutons sont devenus des lions. A cette époque, le Japon à déployé trente navires, quarante avions et 7000 soldats.

Ravalant sa fierté, la marine doit demander l’aide de l’armée de terre qui doit envoyer deux divisions dans une ville ravagée par les bombardements de l’aéronavale, bombardements et combats faisant plusieurs milliers de morts.

Les combats sont extrêmement violents. Le 12 février 1932, le Japon exige que les troupes chinoises reculent à vingt kilomètres des concessions mais les chinois refusent entrainant la poursuite des combats.

Au plus fort de l’opération, le Japon à déployé 80000 hommes, quatre-vingt navires et trois cents avions qui devaient faire face à trois armées chinoises (19ème armée de route, 5ème et 15ème armées). L’effort finit par payer et le 3 mars pour éviter d’être anéanties, la 19ème et la 5ème armée chinoise doivent se replier.

Le lendemain 4 mars, le SDN émet une résolution demandant un cessez-le-feu. Des délégués arrivent le 14 mars, les combats continuant jusqu’au cessez-le-feu signé le 5 mai qui interdit la présence de troupes chinoises dans la région, ne laissant qu’une force de police.

En apparence, les japonais ont gagné mais le prix d’une telle expédition aurait du faire réfléchir Tokyo en lui faisant comprendre que la conquête ou du moins la neutralisation de la Chine ne serait pas une partie de plaisir.

Or cela ne va rien changer du tout car dans l’esprit des militaires nippons, la Chine du Kuomintang est un état faible qui sera rapidement neutralisé pour peu qu’on y mette les moyens.

Il faut mettre ça sur le compte d’un sentiment de supériorité des japonais vis à vis des chinois vus comme des inférieurs. Les mécanismes amenant à la deuxième sino-japonaise de 1937 se mettent en marche.

Côté chinois, les nationalistes se retournent contre les communistes qui entament la Longue Marche (15 octobre 1934-19 octobre 1935) qui après une véritable anabase de 10000 km quittent le sud du pays pour le Shaanxi, permettant à Mao-Tse-Toung de renforcer son emprise sur le parti.

Entre-temps les japonais ont continué leur avancée en Chine du Nord, atteignant en mai 1933 la Grande Muraille, une avancée symbolique et même pratique car la zone démilitarisée s’étend jusqu’aux portes de Tien-Tsin et de Pékin où stationne une puissante garnison nippone depuis la répression de la révolte des Boxers. Elle aligne alors 6000 hommes.

La Seconde Guerre sino-japonaise

Après l’avancée jusqu’en Chine du Nord, les japonais cherchent d’abord à soudoyer les gouverneurs locaux mais ces derniers résistent. Cette politique se révélant être un échec, les japonais reprennent leur offensive diplomatique vis à vis du gouvernement de Nankin.

En 1935, le Japon reprend la politique des vingt et un demandes en 1915 concentrées sous le nom des Trois Principes : amitié sino-japonaise, reconnaissance du Mandchoukuo et du droit de regard en Chine septentrionnale, front commun contre le communisme.

Tchang-Kaï-Chek refuse. Il à reconstruit patiemment la Chine qui n’est plus vraiment l’homme malade de l’Asie mais des problèmes majeurs subsistent qui obère la capacité de résistance du pays en l’occurrence une corruption endémique, une économie souffreteuse et surtout sur le plan politique un conservatisme bien éloigné des idéaux progressistes qui avaient conduit à la création du parti.

La Chine est en convalescence et Tchang-Kaï-Chek n’à pas intérêt à se lancer dans une épreuve de force contre le Japon et/ou avec les communistes. Cette temporisation est mal comprise par l’opinion tant est forte la haine vis à vis d’un pays qui occupe une partie du territoire national et qui corrompt la jeunesse à l’aide de l’opium.

Les deux gouvernements hésitent cependant à se lancer dans le conflit. Côté chinois on à vu que le pays à modernisé ses forces mais loin de pouvoir faire face à l’armée japonaise alors que du côté nippon, certains critiquent cette aventure non par pacifisme mais à cause du risque de détourner les moyens de l’armée du véritable ennemi, du véritable objectif en l’occurence l’URSS.

Comme souvent dans les conflits, c’est sur le terrain que les choses dégénères. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1937, au niveau du pont Marco-Polo à lieu un incident entre la garnison japonaise de Pékin et la 29ème armée nationaliste, un incident aux contours obscurs, visiblement non provoqué par les japonais (contrairement à l’incident de Mandchourie six ans plus tôt).

De fil en aiguille, l’incident débouche sur le début de la deuxième guerre sino-japonaise qui ne prendra fin officiellement qu’en septembre 1954 au moment de la capitulation japonaise.

Après une période mi-chèvre mi-choux entre guerre totale et recherche de temporisation, la guerre entre dans une phase active. L’envoi de trois divisions de l’armée à Pekin permet la prise de la capitale chinoise le 28 juillet suivi deux jours plus tard de Tien-Tsin.

La marine jalouse des succès de l’Armée se lance à son tour dans la guerre en débarquant comme en 1932 dans la région de Shanghaï, enterrant définitivement toute possible entente entre Tokyo et Nankin.

Des deux côtés, les armées sont loin d’être prêtes pour le conflit. Le Japon à modernisé son artillerie mais manque de chars, le génie et la logistique souffrent d’un sous-équipement chronique lié au mépris des officiers japonais pour des taches qui n’ont pas la noblesse du combat.

Côté chinois, l’aide allemande et soviétique ont permis de réorganiser l’ANR (Armée Nationale Révolutionnaire), d’entrainer un noyau de troupes efficaces mais l’équipement est hétérogène et souvent dépassé ce qui rend quasi-impossible une victoire sur le Japon.

Très rapidement, l’intervention japonaise s’enlise. La faute à un outil militaire inadapté à la guerre moderne. Refusant de trancher entre les Anciens (armée de masse, guerre courte, prima à l’offensive) et les Modernes (Armée plus réduite, industrie de guerre, préparation minutieuse pour une guerre longue), le Japon à accouché d’un compromis boiteux qui rend l’armée japonaise peu adaptée à une guerre industrielle.

Obnubilés par la recherche de la bataille décisive, les généraux japonais profitent également du système impérial très particulier pour n’en faire qu’à leur tête.

Véritables proconsuls, ils suivent soit le plan à la lettre (même quand il faudrait l’adapter au terrain et aux circonstances du moment) soit ils décident de ne pas suivre le plan par intérêt personnel ou considérations politiques.

A la différence des chinois qui ont une stratégie _échanger de l’espace contre du temps_ les japonais se lancent dans une véritable aventure militaire sans stratégie globale. Ils sont persuadés que le conflit durera tout au plus trois mois.

Les débuts sont prometteurs. Les 120000 soldats engagés en Chine du Nord remportent victoires sur victoires, les armées chinoises manquant de mordant et sont incapables de se coordonner entre-elles.

Cette guerre aurait pu effectivement durer trois mois si la marine par jalousie mal placée n’avait pas ouvert un second front à Shanghaï où les chinois vont imposer une véritable guerre d’usure, une guerre longue. Les renforts envoyés ne le sont pas dans le Nord ce qui ralentit l’avancée nippone.

Après trois mois de combats, les chinois se replient à partir du 8 novembre 1937, retraite qui tourne à la débacle. Les pertes sont lourdes des deux côtés, 187 à 300000 soldats chinois sont tués et surtout les meilleurs unités ont été saignées à blanc. Les japonais ont eu 9000 tués et 30000 blessés.

L’objectif suivant est la capitale nationaliste Nankin située à 300km de Shanghaï. Le 11 décembre 1938, le gouvernement quitte Nankin ce qui ajoute à la confusion.

Deux jours plus tard, la ville est prise et connait une série d’atrocités abominables avec des viols de masse, des exécutions sommaires, des sévices divers et variés.

Six semaines durant Nankin va subir un véritable viol avec 20000 viols et 200000 morts. Les raisons sont multiples avec un relachement dramatique de la discipline militaire mais également une application de doctrines officielles (massacre des prisonniers), une volonté de terroriser la Chine pour la forcer à se rendre mais c’est un échec, la guerre continue.

L’année 1938 voit le Japon en position de force et sa victoire ne semble être qu’une question de temps mais en réalité c’est une victoire à la Pyrrhus car la promenade militaire se transforme en guerre d’usure, 600000 soldats japonais sont déployés.

Ils connaissent une première défaite en mars 1938 qui met fin au mythe de l’invincibilité japonaise mais c’est une défaite tactique, l’avance japonaise ne tarde pas à reprendre, aboutissant le 25 octobre 1938 à la prise de Wuhan, le gouvernement nationaliste devant se replier à Tchongking le 8 décembre 1938.

La situation militaire est quasi-désespérée avec de véritables saignées. Sur le plan économique, les régions les plus riches et les plus peuplées de Chine sont perdues et sur le plan politique, le territoire encore contrôlé par Tchang-Kaï-Chek est celui où l’emprise du gouvernement nationaliste est fraiche et limitée, les seigneurs de guerre restant remuants et puissants.

De plus dans le Nord-Ouest, les communistes renforcent leurs positions certes en combattant l’occupant japonais mais en ayant (tout comme les nationalistes), l’idée de reprendre la guerre civile une fois le Japon vaincu.

La Chine aurait du céder, aurait du craquer mais elle tient, un véritable miracle. Côté japonais, l’enthousiasme cède la place à l’amertume et à la colère. La guerre censée être courte, fraiche et joyeuse devient un immonde bourbier qui refroidit l’opinion japonaise bien moins va-t-en-guerre qu’on à bien voulu le dire après la fin du second conflit mondial.

Du côté des militaires, on cherche à tout prix à se désengager du bourbier chinois pour réorienter les forces vers un conflit jugé inévitable avec l’URSS. On cherche à réduire les effectifs engagés mais en réalité ils ne cesseront de croitre jusqu’en 1943 quand à l’issue d’une série d’offensives musclées la Chine est considérée comme virtuellement vaincue.

Certes le gouvernement nationaliste reste en place mais sa capacité d’action est pour le moins réduite et sans l’aide financière de la Grande-Bretagne, de la France et des Etats-Unis, il est probable que la Chine aurait succombé à la puissance japonaise qui à laissé des plumes avec la perte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes pour les hypothèses les plus basses.

Pour ne rien arranger, les territoires sont contrôle japonais sont largement insoumis avec des forces japonaises concentrées dans les villes, laissant les campagnes au main de guerilleros nationalistes ou communistes. L’exploitation du territoire et notamment de ses ressources ne rapportera pas les richesses escomptées.

De toute façon, les préjugés vis à vis des chinois sont tels, les atrocités japonaises ont été telles qu’une réconciliation sino-japonaise est pour ainsi dire impossible. Un gouvernement collaborateur est mis sur pied à Pékin mais cet organe dirigé par Wang Tsing-Wei _un ancien du Kuomintang_ reste un gouvernement fantoche sans pouvoir tout comme celui de l’empereur Pu-Yi au Mandchoukhouo.

La Chine se lance dans la politique du pire en envahissant le Tibet qui succombe après une brève campagne militaire entre septembre et novembre 1943 mais cette annexion ruine le peu de crédit que possédait encore la Chine.

Côté japonais, cette campagne interminable à laissé des traces. Elle à ruiné l’hypothèse nord d’une opération contre l’URSS après notamment deux batailles en Mongolie notamment la bataille de Khalkin-Gol qui montre l’efficacité de l’Armée Rouge et notamment d’un général appelé à un grand avenir Gueorgui Joukhov.

L’hypothèse Sud devient la seule en piste et au grand dam de l’Armée, c’est la Marine qui mène la danse. On aurait pu s’attendre à une coopération franche et fructueuse entre les deux unités mais on efface pas si facilement des décennies de rivalité et d’hostilité.

Cette coopération ne sera limitée au strict minimum avec encore et toujours des rivalités en matière d’équipement, de finances et de recherches, gaspillant des ressources limitées en attendant l’acquisition des ressources du sud-est asiatique censées permettre au Japon de mener une guerre longue.

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3 réflexions sur “Japon (4) Histoire (3)

  1. Bonjour. Je pense qu’il manque un zéro a la population des villes d’Hokkaido. :

    Néanmoins la poussée démographique concerne surtout l’île d’Hokkaïdo, nouvellement colonisée, cette dernière doublant quasiment sa population en passant de 1.8 millions en 1913 à 3 millions en 1940 avec notamment trois villes de plus de  »10000 » habitants (Hakodate, Sapporo et Muroran).

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