Etats Unis (111) Armée de Terre (1)

ARMEE DE TERRE

Une histoire de l’armée de terre américaine

L’Armée Continentale (The Continental Army)

La guerre de Sept Ans (1756-1763) avait en apparence renforcé le lien entre les treize colonies et la mère-patrie britannique. En réalité, les tensions ne cessèrent de croître, la faute à deux forces antagonistes : la prise de conscience par les américains de leur spécificité et l’intransigeance de Londres qui ne voyaient dans les colonies qu’une source de revenus pour la Couronne.

En avril 1775, les batailles de Lexington et de Concord marque le début d’une guerre de six ans qui allait aboutir à l’indépendance des treize colonies.

Quand le conflit éclate, les différentes colonies ne disposait que de milices, des minutemen, des hommes capables de se mobiliser très rapidement. Par le passé des régiments avaient été levés mais il s’agissait de régiments temporaires, dissous une fois la crise terminée. Il y eut bien un projet de milice nationale mais le premier congrès continental rejeta cette idée.

Indépendance Américaine

4 juillet 1776 : les treize colonies proclament leur indépendance 

Le 14 juin 1775, le Second Congrès Continental prend la décision de mettre sur pied une armée, la Continental Army qui alignait 27000 hommes en attendant le recrutement de nouvelles unités, de nouvelles formations. L’ensemble est placé à partir du 15 juin sous le commandement de George Washington qui avait l’occasion de se racheter d’une guerre de Sept ans où il ne s’était guère illustré positivement.

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George Washington

L’organisation se fit progressivement avec la création d’un corps d’ingénieurs, d’unités d’artillerie en novembre 1775 et de cavalerie en décembre 1776. La première «Armée Continentale» s’organisait en trois divisions, six brigade et 38 régiments (NdA J’ignore si les trois divisions regroupaient les brigades et les brigades les régiments ou si les brigades et les régiments étaient hors division).

En 1776, la Continental Army est réorganisée avec une tentative d’élargissement du recrutement mais malgré cette effort, la première armée de l’histoire des Etats-Unis était essentiellement composée de soldats issus de la Nouvelle-Angleterre.

Celle de 1777/1780 connu une brusque augmentation de ces effectifs, le Congrès continental obligeant les différentes colonies à lever de nouvelles troupes qui n’étaient plus engagées pour trois ans mais pour la durée de la guerre, évitant ainsi la perte de troupes expérimentées qui pouvaient estimer que leur tache était accomplie (L’armée américaine connaitra le même problème durant la guerre de Sécession).

La période 1781/82 fût critique en raison de problèmes financiers entrainant une série de mutineries péniblement jugulées. La Continental Army fût remplacée en 1784 par l’US Army.

Une répugnance vis à vis de l’armée régulière

Les Pères Fondateurs étaient imprégnés de culture classique (au point de songer à choisir l’hébreux comme langue officielle du nouvel état avant de revenir à de plus sages proportions) mais surtout voulait éviter de réproduire les erreurs comises en Europe.

Pour eux une armée régulière puissante et permanente était une source de dangers pour la démocratie. Résultat, une fois la guerre d’indépendance terminée, l’essentiel de la défense du nouvel état allait s’appuyer sur les milices locales, des soldats-citoyens en armes.

La nouvelle US Army fût réduite à sa plus simple expression : un régiment assurant la surveillance de la frontière et une batterie d’artillerie à l’Arsenal de West Point.

Le 4 novembre 1791, la bataille de Wabash voit la défaite de milices locales contre les indiens Shawnee dans la vallée de l’Ohio. Cela montre les limites des milices et le besoin d’une armée régulière permanente. La Legion of the United States est créée en 1791 et va rester opérationnelle jusqu’en 1796 quand le démantèlement de forts britanniques présents sur le territoire américain en violation du traité de Paris (1783) fût assuré.

De la guerre de 1812 à la guerre de Sécession

En dépit d’une guerre sanglante, les relations entre les treize ex-colonies et la Grande-Bretagne redevinrent plutôt cordiales en raison d’intérêts commerciaux et d’une communauté culturelle, les élites américaines étant fortement marquées par la culture de l’ancienne métropole. La France qui avait espéré une relation privilégiée avec le nouvel état en fût pour ses frais.

Néanmoins, trente ans après l’indépendance américaine, une guerre de trois ans opposa Londres et Washington. C’est la guerre de 1812, une guerre peu connue en Europe et en France.

Ce conflit qui était une conséquence de la guerre en Europe (la Royal Navy entravant le commerce américain, enrolant de force plus de 10000 marins américains) avait aussi pour origine la volonté des Etats-Unis de s’étendre vers l’ouest au détriment des amérindiens. Cetre guerre de trois ans eut une forte résonnance aux Etats-Unis où elle est considérée comme la deuxième guerre d’indépendance.

La jeune armée américaine appelée à l’époque Regular Army échoua dans une invasion du Canada et surtout fût incapable d’empêcher la prise et l’incendie de Washington. Il faut dire qu’à l’époque l’US Army n’alignait que 12000 hommes. Le Congrès autorisa bien un triplement des effectifs qui passèrent à 35000 hommes mais les officiers expérimentés étaient peu nombreux et les miliciens répugnaient à combattre loin de leur état.

Globalement durant le conflit, l’armée britannique montra sa supériorité surtout en mer où la Royal Navy pu opérer sans être réellement gênées par la jeune marine américaine. Les combats furent plus disputés sur terre mais en dépit de mythes solidement ancrés, les Etats-Unis ne remportèrent aucune victoire décisive ce qui explique peut être pourquoi le traité de Gand imposa le statu quo ante bellum.

Les multiples déficiences relevées durant le conflit entraina une refonte complète du War Department et le choix d’un général appelé en temps de guerre à devenir le commandant en chef.

Cela ne résolvait pas tous les problèmes. En effet, les chefs de bureaux étaient nommés à vie et jaloux de leurs prérogatives. Quand un conflit éclatait entre les bureaux et le potentiel commandant en chef (senior general), le Secrétaire d’Etat à la guerre donnait généralement raison à ses chefs de département. A cela s’ajoutait le Congrès qui veillait au grain avec la hantise qu’un général ne se livre à un coup d’état contre la jeune démocratie américaine.

En 1824, est créé le Bureau of Indian Affairs (bureau des affaires indiennes) chargé de gérer les relations avec les améridiens. Cet organisme intégré au War Department disparu en 1849 quand le Congrès l’intégra au nouveau Department of the Interior.

En l’absence de menace extérieure, la principale fonction de l’armée de terre américaine en ce début de 19ème siècle était de sécuriser la conquête de l’Ouest en veillant à la sécurité des colons face aux indiens. Il y avait aussi la défense des côtes contre de potentielles menaces venues d’Europe.

Les guerres indiennes furent des conflits extrêmement meurtriers, des sales guerres où près de 19000 blancs (soldats, colons, femmes et enfants) et 30000 indiens furent tués aux combats mais également dans des massacres qui visaient à terrifier l’ennemi pour le paralyser.

Ces guerres indiennes furent aussi vieilles que l’indépendance américaine puisqu’on trouve une guerre contre les indiens du nord-ouest entre 1790 et 1795 (puis entre 1811 et 1813), trois guerres contre les indiens Seminole en Floride (1817/1818,1835/42 et 1856), la guerre de Blackhawk en 1832, la guerre contre les Sioux (1862-1867), la guerre contre les indiens des plaines (1863-1869), la guerre contre les Sioux et les Cheyennes (1876-1879) et enfin la guerre contre les Apaches (1861-1890).

De 1423 hommes en 1790, les effectifs de l’US Army engagés dans ces opérations passèrent à 26000 en 1868. De multiples postes permettaient de tenir le terrain, le ravitaillement se faisant par convois de mules ou de chevaux, par bateau puis par chemin de fer. La tache n’était pas aisée et petit à petit, les postes furent à l’origine de la création de fermes qui encouragèrent la colonisation de peuplement.

Prise de Mexico

Prise de Mexico par les troupes américaines

Du 25 avril 1846 au 3 février 1948, les Etats-Unis et le Mexique furent opposés dans une guerre issue de contentieux anciens (colonisation américaine de territoires mexicains, dispute sur la fronière _Rio Grande pour les américains, rivière Nueces pour les mexicains_) et récents (annexion du Texas en 1845).

Le 24 avril 1846 dans le territoire contesté (entre le Rio Grande et la rivière Nueces), une force de 2000 cavaliers méxicains se heurta à une patrouille de l’US Army composée de soixante-trois hommes. Onze soldats américains furent tués, les autres faits prisonniers, un parvenant à s’échapper en direction de Fort Texas (future Brownsville).

Le 3 mai 1846, Fort Texas est assiégé par l’armée mexicaine. Les bombardements mexicains sont violents mais le fort tenait toujours quand une armée de secours dégage le fort six jours plus tard, culbute les mexicains qui vont repasser le Rio Grande en catastrophe. Les mexicains ne mettront plus jamais les pieds sur le territoire américain.

Après un débat au Congrès le 11 mai, les Etats-Unis déclarent la guerre deux jours plus tard suivis par le Mexique le 23 mai. Cette guerre ne fait pas l’unanimité aux Etats-Unis où elle est vue comme une guerre d’agression et non une guerre défensive. Parmi les opposants à cette guerre figure un certain Abraham Lincoln…… .

Les combats ont lieu de l’est à l’ouest. La Californie apprend l’ouverture des hostilités en juillet 1846. Les combats sont relativement brefs puisque Los Angeles est prise le 10 janvier 1847 après une série d’opérations combinées US Army/US Navy.

Sur le théâtre principal, dans le nord du Mexique, les américains et les mexicains s’affrontent du 21 au 23 septembre 1846 dans la terrible bataille de Monterey. Le 22 février 1847, c’est la bataille de Buena Vista qui voit la victoire du général Taylor sur les forces commandées par le vainqueur de Los Alamos, le général Santa Anna, revenu de son exil cubain officiellement pour servir de médiateur mais qui prit la tête des troupes mexicaines.

Le 9 mars 1847, une nouvelle armée américaine est engagée. Douze mille hommes commandés par le général Windfield Scott débarquent à Veracruz pour ce qui constitue la première opération amphibie majeure de l’histoire de l’armée de terre. Le grand port du nord du Mexique est assiégé et après un cessez le feu le 25 mars, la ville se rend quatre jours plus tard.

Scott marche alors sur Mexico avec seulement 8500 hommes valides, les autres étant terrassés par la fièvre jaune. Les américains et les mexicains entrent en contact le 18 avril et après une série de combats, les mexicains sont mis en déroute, perdant 1000 hommes et 3000 prisonniers alors que côté américain, seulement 400 hommes avaient été tués.

La ville de Puebla est prise sans combats le 15 mai, sa population catholique et conservatrice étant violement opposée au général Santa Anna. Les 12 et 13 septembre à lieu la bataille décisive de Chapultepec qui ouvre les portes de Mexico aux américains. La ville se rend le 14 mais il faut trois jours aux américains pour en prendre réellement le contrôle.

Le 2 février 1848, le traité de Guadalupe est signé mettant fin à la guerre. Le Mexique perd des territoires importants contre le paiement de 15 millions de dollars.

Ces territoires correspondent aujourd’hui aux états de Californie, du Nevada, de l’Utah, des deux tiers septentrionaux de l’Arizona ainsi qu’une partie du Colorado, du Nouveau Mexique et du Wyoming. De nouveaux territoires seront achetés en 1853. Ce traité reconnaît l’intégration du Texas dans l’Union qui récupère également des territoires auprès du Mexique. Le traité est ratifié le 10 mars par le Sénat des Etats-Unis et le 19 mai par celui du Mexique.

13000 soldats américains ont été tués mais seulement 1700 des suites des combats, les autres étant décédés des suites des maladies comme ce fût le cas dans tous les conflits jusqu’au 20ème siècle où les progrès médicaux inversèrent le rapport tué au combat/tué par maladie.

La victoire américaine s’explique par une relative unité de commandement (là où les généraux mexicains se jalousaient et se quérellaient), un meilleur armement et des troupes dans l’ensemble mieux entrainées.

A noter également l’importance du facteur religieux. Fait peu connu, de nombreux catholiques désertèrent de l’armée américaine pour rejoindre l’armée mexicaine notamment des irlandais qui formèrent le bataillon San Patricio.

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Plaque commémorative du bataillon San Patricio

De nombreux généraux de la guerre de Sécession y ont fait leurs classes et trois futurs présidents y ont participé qu’il s’agisse de Zachary Taylor (12ème président 1849-1850), Franklin Pierce (14ème président 1853-1857) et Ulysse S. Grant (18ème président 1869-1877).

Ce dernier jugea cette guerre immorale et illégitime. Plus tard, au moment de la guerre de Sécession il considéra que La rébellion du Sud fut l’avatar de la guerre avec le Mexique. « Nations et individus sont punis de leurs transgressions. Nous reçûmes notre châtiment sous la forme de la plus sanguinaire et coûteuse guerre des temps modernes ».

La guerre de Sécession ou les prémices de la guerre industrielle

Si les treize colonies se regroupèrent dans des Etats Unis d’Amérique, il ne faudra pas penser qu’il s’agissait de territoires homogènes. Les différences étaient en effet grandes entre la Nouvelle-Angleterre (New Hampshire, Massachusetts Connecticut Rhode Island) puritaine et plutôt «démocratique» au sein de communautés aux particularismes importants, un espace intermédiaire sans identité forte (New-York New Jersey Delaware Pennsylvanie) et un sud aristocratique où une minorité blanche gère ses plantations peuplées d’esclaves (Maryland Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Georgie).

La question de l’esclavage ne tarda pas à empoisonner la politique intérieure américaine entre un nord abolitioniste et un sud jaloux de ses particularismes et attaché à son mode de vie. Chaque extension vers l’ouest était l’occasion de solides empoignades qui débouchèrent sur un terrible conflit de quatre ans qui marqua durablement les Etats-Unis.

Quand l’American Civil War éclate suite au bombardement de Fort Sumter le 12 avril 1861, l’US Army était de taille réduite surtout déployée sur les côtes et sur la Frontière pour protéger les colons des indiens.

La guerre s’annonce rapide mais en réalité elle va durer quatre longues années. Le Nord bien plus industrialisé que le Sud ne parvient pas à l’emporter rapidement. Une véritable guerre d’usure va opposer des états qui jadis faisaient partie du même état.

Contrairement à ce qu’on à longtemps écrit, les généraux de l’Union ne sont pas forcément plus mauvais que ceux du Sud. La différence semble se faire sur la motivation et là les Etats Confédérés l’emportent largement car se battant pour défendre un mode de vie alors que les Etats unionistes n’ont guère de facteur mobilisateur, l’abolition de l’esclavage ne pouvant en être un car des états esclavagistes n’ont pas fait sécession ce qui explique la prudence de Lincoln à ce sujet.

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Abraham Lincoln

Comme jadis durant les guerres de la Révolution, les deux camps réalisent une véritable levée en masse avec de nombreux régiments levés localement où les officiers sont élus ou nommés pour des raisons politiques. Le manque de cadres expérimentés et l’absence d’un conflit récent entraine de sérieuses lacunes tactiques.

On assiste ainsi à une déconnection entre la technologie et la tactique. Admirateurs de Napoléon, les généraux américains utilisent des tactiques totalement dépassées alors que les armes elles ont fait des progrès spectaculaires. Si charger en terrain découvert face à des fusils se chargeant par le canon était compréhensible, le faire face à des fusils à chargement à la culasse c’était suicidaire.

Outre les armes, cette guerre voit l’utilisation massive du chemin de fer, l’emploi du télégraphe, de la propulsion vapeur et l’apparition du cuirassé même si le Monitor et le Virginia furent plus les ancètres des monitors et autres cuirassés garde-côte que des cuirassés de haute-mer.

L’Union Army est officiellement créée le 28 février 1861 (et dissoute le 26 mai 1865). Elle se compose d’un socle issu de la Regular Army auxquels s’ajoutèrent des volontaires puis des conscrits quand les besoins en troupes devinrent tels que le volontariat ne suffisait plus.

2213363 hommes ont servit dans l’armée de l’Union. Les pertes furent lourdes avec 364511 morts, 281881 blessés et 20000 déserteurs.

Quand la guerre de Sécession éclate, l’US Army aligne 16000 hommes répartis en dix régiments d’infanterie, quatre régiments d’artillerie, deux régiments de cavalerie, deux régiments de dragons et trois d’infanterie montée.

La montée en puissance se heurta à un manque d’officiers et de sous-officiers formés, un certain nombre de cadres quittant l’armée pour rejoindre celle de la Confédération.

Persuadé d’un conflit court, le président Lincoln obtient la levée de 75000 hommes pour trois mois, des hommes destinés à récupérer les forts fédéraux tombés aux mains des rebelles, la répression de la rébellion et le maintien de l’Union.

Le 22 juillet 1861, le Congrès autorise la levée de 500000 hommes, le conflit annoncé comme court va se revéler long et meurtrier.

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Ulysse S. Grant 

Cette armée va opérer sous le commandement de Windfield Scott, George McClellan, Harry Halleck et Ulysse S. Grant dont l’arrivée au commandement le 9 mars 1864 marqua le début de la guerre totale.

Côté Confédéré, l’Army of Confederate State of America est créée le 28 février 1861 et dissoute le 26 mai 1865. Placée initialement sous le commandement du président Jefferson Davis (qui avait commandé un régiment de volontaires du Mississippi lors de la guerre mexicano-américaine qui s’illustra lors de la bataille de la Monterey), cette armée à aligné des effectifs importants dont les chiffres exacts sont inconnus, la fourchette étant selon les auteurs entre 600000 et 1.5 million ou entre 750000 et 1 million. Si 6% des soldats nordistes étaient des conscrits, le nombre de conscrits chez les sudistes est double.

En théorie, dix compagnies forment un régiment qui portent des noms d’états (par exemple le 1er régiment du Texas ou le 12ème régiment de Virginie), quatre régiments forment une brigade, deux à quatre brigades une division, deux à quatre divisions un corps d’armée et deux à quatre corps d’armée une armée. Ce modèle théorique fût de moins en moins à l’oeuvre au fur et à mesure de l’évolution du conflit.

Les pertes ont été lourdes avec 284 à 289000 morts (94000 au combat, 164000 de maladie, 26 à 31000 dans les camps de prisonniers de l’Union) sans compter les 194626 blessés et les 100000 déserteurs. Outre les esclaves, des améridiens ont participé à des combats. Les différentes armées de la Confédération se rendent entre le 12 avril et le 28 juin 1865.

Ce conflit, le plus meurtrier de l’histoire des Etats-Unis à fait 620000 morts soit 2% de la population des Etats-Unis (34 millions). C’est comme si aujourd’hui un conflit faisait 6.5 millions de morts dans les forces armées américaines !

Des conquêtes coloniales au premier conflit mondial

La guerre de Sécession terminée, les américains se retournent vers l’ouest pour acheter leur destinée manifeste et de relier enfin la côte est à la côte ouest. La Conquête de l’Ouest reprend en 1868 et s’achève en 1890.

Cela n’est pas une partie de plaisir puisque les amérindiens font mieux que se défendre même si le temps joue contre eux tout comme la démographie et les divisions entre tribus, divisions habilement exploités par les américains.

Jeune état à l’apétit féroce, les Etats-Unis rêvent de se tailler un empire colonial en direction de l’Asie mais également des Caraïbes, leur véritable chasse gardée.

La guerre hispano-américaine de 1898 est l’occasion pour les américains de s’emparer des colonies d’une ancienne puissance mondiale. Cuba est la principale conquête, conquête qui voit un certain Théodore «Teddy» Roosevelt s’illustrer avec ses Rough Raider sur la colline de San Juan.

Cette guerre voit également la conquête des Philippines et de Guam même si pour l’archipel du sud-est asiatique, il faudra une nouvelle guerre de trois ans pour permettre aux américains de contrôler le futur Commonwealth of Phillipina.

Ces guerres coloniales étaient loin de préparer l’US Army à un conflit moderne. En mars 1911 est mise sur pied une division de manœuvre (Maneuver Division) destinée si besoin à intervenir au Mexique alors en pleine révolution. L’intervention se révélant inutile, la division est dissoute le 7 août 1911.

La mise sur pied de cette division eut au moins le mérite de montrer les lacunes en cas de mobilisation. Le 15 février 1913, le plan Stimson (du nom du secrétaire d’Etat à la Guerre Henry L. Stimson) répond à ce retour d’expérience.

Il définit une armée d’active, une Regular Army composée de divisions d’infanterie et de brigades de cavalerie, une armée destinée à intervenir en outre-mer et en théorie immédiatement prête à l’emploi. Elle doit être renforcée par une force de réserve composée de citoyens soldats regroupés dans des divisions qui une fois complètées pour augmenter la puissance de l’armée d’active.

Cette organisation impose naturellement une solide structure administrative. Le territoire continental des Etats-Unis était divisé en quatre départements géographiques (Eastern Central Western et Southern), chaque département disposait d’une division.

Le territoire américain était également divisé en douze districts avec chacun une division de la garde nationale (national guard infantry division). Trente deux des quarante-huit gouverneurs appuyèrent le plan avec leur propre garde nationale. On trouvait également trois commandement d’artillerie, le Northern Atlantic Coast Artillery District, le Southern Atlantic Coast Artillery District et le Pacific Coast Artillery District.

Entre 1910 et 1919, les américains veillèrent sur les destinées du Mexique et menèrent plusieurs opérations dans ce qu’on à appelé la Border War.

«La Fayette nous voilà !» : L’US Army dans le premier conflit mondial

Suivant la doctrine Monroe, les Etats-Unis proclament leur neutralité quand la guerre embrase à nouveau l’Europe.

C’est la décision allemande de mener une guerre sous-marine à outrance (janvier 1917) qui pousse Washington dans la guerre, les Etats-Unis ayant appris que le ministre des affaires étrangères Zimmerman avait autorisé son ambassadeur à Mexico de négocier une alliance germano-mexicaine en vue de récupérer les territoires perdus en 1848.

Armée de taille réduite, l’US Army doit passer la vitesse supérieure en utilisant notamment le volontariat mais également la conscription. C’est l’acte de naissance de la National Army qui va méler la Regular Army, les divisions de l’United States National Guard et de nouvelles divisions formées de volontaires et de conscrits.

Le Selective Service Act prévoit une armée de 1.7 millions d’hommes répartis entre la Regular Army dont les effectifs doivent être portés à 286000 hommes (en vertu du National Defense Act de 1916), la National Guard composée de 450000 hommes et la Volunteer Army qui doit voit la levée d’un million d’hommes.

Cette division claire sur le papier se révéla moins évidente sur le terrain et en 1918, tous les forces terrestres des Etats-Unis furent rebaptisées United States Army ou US Army.

La numérotation des divisions permet cependant de rappeler l’origine des divisions à savoir que les divisions de la Regular Army étaient numérotées de 1 à 25, les divisions de la Garde Nationale de 26 à 49 et les divisions nouvellement lévées au delà de 50.

-La première division arrive en France en juin 1917 en l’occurence la 1st Infantry Division (The Big Red One) suivit de cinquante-huit autres, vingt à partir de l’armée d’active, dix-sept à partir de la Garde Nationale et vingt-deux à partir de la mobilisation.

Le premier engagement à lieu dès le mois de novembre 1917 mais il faut attendre le printemps 1918 pour que le poids américain se fasse sentir. Si les Marines s’illustrent dans le Bois de Belleau (6 au 22 juin), les unités de l’Armée de terre s’illustrent surtout dans la seconde bataille de la Marne.

-Sans l’Armistice de novembre 1918, les forces armées américaines auraient mené avec les troupes françaises une offensive majeure en Lorraine, l’American Expeditionnary Force ayant Metz _ville natale de La Fayette_ pour objectif.

-Au final, les forces armées américaines ont mobilisé durant le premier conflit mondial 4.3 millions d’hommes. 126000 ont été tués (combat et la grippe espagnole), 234000 blessés, 4526 portés disparus et 2450 faits prisonniers.

-Tout comme la France, les Etats-Unis choisissent un soldat inconnu qui enterré dans le cimetière national d’Arlington (Virginie) symbolise le sacrifice des Sammies, la cérémonie officielle ayant lieu en octobre 1921 à Chalons sur Marne, le corps étant inhumé en Virginie le 11 novembre 1921, cet homme ayant été rejoint depuis par un soldat inconnu de chaque conflit auxquels ont participé les Etats-Unis (second conflit mondial, première et deuxième guerre du Vietnam)

D’un conflit à l’autre

La National Army est dissoute en 1920, les effectifs singulièrement réduits. Le contexte politique (pacifisme, isolationnisme) explique cette baisse importante des effectifs. Cela est déjà dommageable mais il y à pire : la perte de compétences.

Le National Defense Act de 1920 autorise une Regular Army de 296000 hommes mais le Congrès attentif à garder les cordons de la bourse serrés réduisit progressivement ses effectifs. La Garde Nationale autorisée à aligner 486000 hommes ne le recruta jamais. Quand aux réserves (Organized Reserves), elles constituent surtout un réservoir de cadres et d’officiers.

Comme en France à l’époque, les divisions devinrent des organismes squelettiques bien loin de leur statut théorique d’unité de combat.

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939, l’US Army n’est que la dix-septième armée du monde juste derrière l’armée roumaine. 42000 hommes de la Regular Army assure la défense des possessions américaines outre-mer en l’occurence Hawaï, Panama et les Philippines. Le reliquat soit 134000 hommes sert d’école pour les cadres d’active et fournit des instructeurs à la Garde Nationale et aux Organized Reserves.

La Garde Nationale est organisée sous l’autorité des gouverneurs de l’Etat. En cas de crise et après accord du Congrès, elles peuvent être placées sous autorité fédérale.

Sur le plan des unités, la Regular Army dispose de trois divisions d’infanterie et une de cavalerie en métropole plus trois divisions d’infanterie outre-mer. La Garde Nationale aligne 18 divisions d’infanterie et quatre de cavalerie alors que les Réserves Organisées disposent de 27 divisions d’infanterie et de six de cavalerie.

Sur le papier cela nous donne au total de 51 divisions d’infanterie (à deux brigades de deux régiments d’infanterie et une brigade d’artillerie de trois régiments _deux à trois groupes de trois batteries de 75mm et un à trois groupes de deux batteries de 155 court_ soit 22000 hommes) et 11 divisions de cavalerie (deux brigades de deux régiments à cheval et un régiment d’artillerie à trois groupes de trois batteries de 75mm soit 10000 hommes), une force sur le papier qui est enviable mais les unités sont souvent incomplètes, le matériel ancien et l’entrainement des troupes comme des cadres insuffisant.

Bref si le conflit déclenché par l’invasion allemande du 1er septembre 1939 s’était prolongé, l’US Army aurait été bien incapable d’intervenir rapidement en Europe.

Heureusement presque douze années de paix vont permettre à l’US Army d’afficher une bien meilleure mine en mars 1950 même si les premiers combats aux Philippines vont montrer qu’il y avait encore du chemin à parcourir.

L’US Army et la Pax Armada

Comme si la guerre de Pologne avait été un électrochoc salvateur, les Etats-Unis sortent de leur torpeur et multiplie les projets pour moderniser leur armée de terre. Néanmoins comme une malédiction, les projets n’aboutissent que très partiellement.

Plusieurs raisons expliquent cette torpeur persistante. L’isolationnisme reste encore particulièrement puissant et l’investissement dans l’armée de terre assez mal vue. Si la Navy et l’USAAC _entité semi-autonome qui annonce l’USAAF_ peuvent justifier les investissements consentis en disant que cela évite aux Etats-Unis de participer à un conflit à l’étranger, ce n’est pas le cas pour l’armée de terre.

La question de l’argent est encore une fois centrale. Le Congrès qui reçoit des demandes d’investissement importantes est obligé de faire des choix et pas toujours en faveur de l’armée de terre.

Enfin se pose la question du matériel. L’industrie américaine à bénéficié des commandes britanniques et françaises mais n’à pas atteint le niveau de production qu’elle atteindra durant le conflit et beaucoup de généraux refusent d’augmenter trop rapidement les effectifs pour ne pas les laisser sans aucun armement.

Néanmoins des réformes sont engagées dans la structuration des divisions. Les divisions d’infanterie passent d’une structure carrée à une structure ternaire avec trois régiments d’infanterie. La cavalerie à cheval se motorise et des divisions blindées (Armoured Division) sont mises sur pied en s’inspirant à la fois des Panzerdivisionen allemandes mais également des DLM françaises. Une réserve générale d’artillerie est mise en place pour bénéficier d’un punch supplémentaire.

L’aviation regroupée au sein de l’United States Army Air Corps (USAAC) devient encore plus autonome en septembre 1944, étant rebaptisée United States Army Air Force (USAAF), ultime étape avant une totale autonomie acquise en janvier 1950 quand la RAF, l’Armée de l’Air et la Luftwafe ont démontré aux derniers sceptiques l’utilité d’une armée de l’air indépendante mais opérant en bonne intelligence avec les armées de terre et de mer.

Les structures de commandement et d’administration sont totalement remises à plat. Le territoire continental américaine est divisé en quatre secteurs (Western ou Occidental, Eastern ou Oriental, Northern ou Nord, Southern ou Sud) qui en temps de guerre doivent mettre sur pied quatre états-majors d’armée disposant chacun de deux corps d’armée soit huit corps d’armée et trente-deux divisions.

Ces trente-deux divisions d’active se répartissent en vingt-huit divisions d’infanterie, deux divisions blindées et deux divisions de cavalerie.

A ces trente-deux divisions continentales s’ajoutent des divisions déployées outre-mer.

Les Philippines alignent quatre divisions d’infanterie et une divisions de cavalerie américaines qui doivent opérer en compagnie d’une armée philippine à l’entrainement médiocre voir pour certaines unités à la fidélité douteuse.

Le Panama est défendu par une divisions d’infanterie et une brigade de cavalerie indépendante alors qu’Hawaï est défendu par deux divisions d’infanterie. Les autres territoires comme Guam et Wake sont défendus par des éléments de taille réduite.

La Regular Army aligne donc en septembre 1948 trente-cinq divisions d’infanterie, deux divisions blindées et trois divisions de cavalerie soit quarante divisions aux effectifs quasiment complets.

Durant la période septembre 1948-mars 1950, les choses évoluent dans le sens d’une massification des effectifs. Les divisions de cavalerie deviennent l’équivalent de divisions blindées sauf celle des Philippines qui reste une division de cavalerie à la puissance de feu moindre alors que c’est la première qui allait être engagée aux combats.

On prépare surtout l’entrée en guerre en plaçant la Garde Nationale sous le commandement fédérale (vote du Congrès en janvier 1949), on met en place de futurs camps d’entrainement sur tout le territoire américaine tandis que des observateurs sont envoyés auprès des états-majors français et britanniques pour tirer les premières leçons du conflit.

L’emploi des parachutistes pour s’emparer des aérodromes (qu’il s’agisse des terrains norvégiens par les Fallschirmjäger en septembre 1948 ou des aérodromes de Benghazi et de Tripoli par l’Infanterie de l’Air et l’Airborne Brigade) impressionne favorablement les militaires américaines qui décide de transformer une divisions d’infanterie en division parachutiste.

La 13ème division d’infanterie est choisie et la 13th Infantry Division devient la 13th Airborne. Quatre autres divisions seront mises en place durant le conflit (11th, 17th 82nd et 101st), participant à plusieurs opérations dont la célèbre opération Phenix en Corée (les deux premières étant issues de la transformation de divisions d’infanterie, les deux autres étant des divisions aéroportées créées ex nihilo).

Les premières unités «spéciales» engagées en Norvège pour des opérations coup de poing entraîne la mise sur pied de deux bataillons de Ranger chargés d’opérations contre des cibles stratégiques.

La mise sous tutelle fédérale de la National Guard en février 1949 permet un doublement des effectifs. Le nombre de divisions d’infanterie passe de trente-cinq à soixante, les divisions blindées passent de deux à six, les divisions de cavalerie reste au nombre de deux mais sont en passe d’être motorisées. Néanmoins quand le Japon attaque en mars 1950, l’US Army est loin d’avoir atteint le maximum de son efficacité opérationnelle.

Il faudra attendre septembre 1951 pour voir l’US Army atteindre le maximum en terme de divisions avec soixante-douze DI, seize DB et trois Divisions de Cavalerie soit quatre-vingt onze GU.

Une réflexion sur “Etats Unis (111) Armée de Terre (1)

  1. Aimeric dit :

    Impressionnant, comme toujours. Quelques typos (des e et s en trop) qui ne gâchent pas la lecture.

    Par contre, une attaque japonaise en mars, c’est problématique à cause de la mousson qui commence en juin. L’une des raisons OTL de l’attaque en décembre était de l’éviter. La planification japonaise visait d’arriver à ses objectifs les plus lointains (Birmanie) juste avant l’arrivée de la mousson qui oblige à une pause stratégique des opérations et leur permettrait ainsi de se renforcer pendant que les occidentaux négocieraient.

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