Etats-Unis (19) Cuirassés et croiseurs de bataille (5)

Croiseurs de bataille classe Alaska

Les croiseurs de bataille et la marine américaine, une histoire d’amour contrariée

L’arrivée de l’amiral Fisher à la tête de la marine britannique est une véritable tornade qui sort la Royal Navy de la torpeur de la Pax Britannica. Il met à la casse les navires dépassés et surtout pose les bases d’un nouvel age d’or pour la marine de sa Majesté.


Il permet ainsi à la Royal Navy d’être la première à concrétiser le concept de cuirassé à artillerie monocalibre ou All Big Gun Battleship, le HMS Dreadnought devenant un nom commun avec les dreadnought et les prédreadnought en attendant les superdreadnought.

Il à ensuite l’idée d’un cuirassé rapide à la vitesse supérieure aux cuirassés conventionnels, un cuirassé qui frapperait et se retirerait avant de déclencher la foudre ennemie. Comme les machines de l’époque ont une puissance limitée, il faut faire un choix et comme on ne peut pas alléger l’armement, on réduit la protection.

C’est l’acte de naissance du croiseur de bataille ou battlecruiser dont les performances calamiteuses à la bataille du Jutland (trois navires coulés) firent oublier que Fisher n’avait jamais envisagé de les faire combattre dans la ligne et que l’explosion du Queen Mary, de l’Indefatigable et de l’Invincible étaient aussi du à des négligences en matière de sécurité (gargousses en toile, porte-étanches ouvertes pour accélérer la cadence de tir, surcharge en obus et en gargousses….).

Ce concept semblait devoir disparaître dans les oubliettes de l’histoire navale mais non seulement la Grande-Bretagne avait planifié la construction de nouveaux croiseurs de bataille (dont certains allaient être achevés comme le Hood ou le Repulse et le Renown) mais que dans le Pacifique, le Japon et les Etats-Unis étudiaient la construction de croiseurs de bataille.

Hélas pour les partisans du battlecruiser ou large cruiser au sein de la marine américaine, le traité de Washington signé en février 1922 allait signer l’arrêt de mort des croiseurs de bataille de classe Lexington armés de huit canons de 406mm.

Les études menées durant la période séparant la première guerre mondiale et la guerre de Pologne privilégiaient le cuirassé lent, bien armé et bien protégé. Seul le lancement d’une course au 35000 tonnes allait obliger l’US Navy à se ranger dans la catégorie du cuirassé rapide, les progrès technologiques permettant d’obtenir un cuirassé rapide, bien armé et bien protégé.

Seulement voilà, il restait la question des cuirassés de poche allemands, des navires de 10000 tonnes armés de six canons de 280mm en deux tourelles triples.

Ils ne pouvaient pas affronter un cuirassé conventionnel mais pouvait écraser un croiseur lourd armé de canons de 203mm.

A cela s’ajouter les rumeurs de construction au Japon de croiseur-tueurs, des navires rapides, peu protégés armés de canons de 305mm.

Pour y faire face les américains décident de construire des «croiseurs de bataille» ou large cruiser armés de canons de 305mm.

C’est alors que l’histoire à un de ses chemins de traverse dont elle est friande. En 1939, la Turquie passe commande d’un cuirassé pour faire face à une marine soviétique en expansion. Baptisé Suleiman, il devait être armé des mêmes canons de 305mm que les Alaska mais quand les turcs réclamèrent du 406mm pour faire face aux Sovietsky Soyouz, les américains refusèrent.

Pour ne pas perdre cette commande, les américains s’adressèrent aux britanniques qui produisaient des canons de 356mm pour leurs King George V.

La «Perfide Albion» accepta de vendre les canons nécessaires ainsi que la licence de fabrication pour ce canon. Les américains armèrent le Suleiman de six canons de 356mm en trois tourelles doubles et décidèrent d’armer leurs Alaska de canons de 356mm, les neuf canons de 12 pouces (305mm) cédèrent la place à six canons de 356mm en trois tourelles doubles (deux avant et une arrière).

Six navires sont un temps envisagés mais au final seulement quatre navires seront construits, des navires baptisés Alaska Guam Hawaï et Phillipines, ce dernier étant rebaptisé Puerto Rico suite à l’indépendance de l’archipel au printemps 1945.

Historique

-Le USS Alaska (CB-1) est mis sur cale aux chantiers navals de la New York Shipbuilding Corporation sis à Camden (New-Jersey) le 21 mars 1942 lancé le 5 janvier 1944 et mis en service le 14 juin 1945.

Stationné à San Diego, l’Alaska (CB-1) et l’Hawai (CB-3) sont chargés de protéger la côte ouest en compagnie des «vieux» cuirassés de classe Tennessee et Colorado.

Les japonais n’ayant pas lancé de guerre au commerce, les deux Alaska vont rallier Pearl Harbor pour servir d’éclaireur et de plate-forme antiaérienne (mars 1951).

Endommagé par une torpille au large de Guadalcanal le 27 avril 1951, le croiseur de bataille est immobilisé pour réparations jusqu’à la fin du mois de juin. Il participe ensuite à la campagne de Nouvelle-Guinée (juillet 1952-janvier 1953) au cours de laquelle il est endommagé par la défense côtière japonaise.

Ce sera sa dernière blessure de guerre puisque l’Alaska sort indemne de la deuxième campagne des Phillipines ainsi que de la conquête d’Iwo Jima et d’Okinawa.

L’Alaska va d’ailleurs rentrer dans l’histoire en participant au dernier duel entre cuirassés. Dans la nuit du 11 au 12 mars 1953, cinq jours après le premier débarquement américain aux Phillipines, le CB-1 coule les croiseurs de bataille Kirishima et Haruna assistés par le Colorado, le North Carolina, et le Massachusetts.

Désarmé dès le 8 janvier 1955, le croiseur de bataille ne sera jamais réarmé. Rayé des registres le 8 mai 1965 après dix ans dans la naftaline, le croiseur de bataille est démantelé à Brownsville (Texas) par Esco Marine.

-Le USS Guam (CB-2) est mis sur cale aux chantiers navals de la New York Shipbuilding Corporation de Camden (New-Jersey) le 8 octobre 1942 lancé le 14 juillet 1944 et mis en service le 8 septembre 1946.

Affecté dans l’Atlantique et stationné à Norfolk, il est détaché à Argentia (Terre-Neuve) pour faire face à une éventuelle sortie de cuirassés et de croiseurs de bataille allemands dans l’Atlantique. Il se lance à plusieurs reprises à la poursuite d’un raider allemand mais sans en couler un.

En mars 1954, il rallie le Pacifique, participant aux dernières opérations du conflit. Il est endommagé par une bombe japonaise puis au cours de la manœuvre de dégagement par une collision avec un destroyer.

Prise en remorque, il arrive à Pearl Harbor le 8 août 1954 pour réparations, étant toujours immobilisé quand le Japon capitule.

Il participe à l’opération Magic Carpet de rapatriement des soldats, aviateurs et marins démobilisés, effectuant des voyages en Corée, à Formose et à Guam, ramenant ses passagers à Pearl Harbor, à Seattle et à San Francisco.

Le Guam rallie New-York le 8 juin 1956. Désarmé le lendemain, il est remorqué à Philadelphie et mis sous cocon pour un éventuel réarmement.

Ce réarmement n’aura jamais lieu. Rayé du Naval Vessel Register le 14 mars 1965, il est remorqué à Kearny (New-Jersey) pour être démantelé.

-Le USS Hawaï (CB-3) est mis sur cale aux chantiers navals de la New York Shipbuilding Corporation le 17 février 1944 lancé le 1er mars 1946 et mis en service le 4 novembre 1947.

Affecté dans le Pacifique, il est basé d’abord à San Diego pour couvrir la navigation au large de la côte ouest contre une menace japonaise. Cette menace s’étant révélée insignifiante, le croiseur de bataille rallie Pearl Harbor.

Il participe à la campagne des Salomons en assurant la couverture des convois qu’ils soient marchands ou militaires. Il est engagé dans la bataille de la mer de Corail (4-5 mars 1952) puis dans la campagne de Nouvelle-Guinée.

Après un grand carénage de décembre 1952 à février 1953, le USS Hawaï participe à la double opération contre les Carolines et les Mariannes (mars-septembre 1953), terminant le conflit sans réels dommages par les opérations Detachment et Iceberg.

Sortant indemne du conflit, il participe au rapatriement des soldats, marins et aviateurs démobilisés entre le Pacifique et les Etats-Unis.

Après une croisière en Europe au printemps 1956, le croiseur de bataille rallie Bremerton (Etat de Washington) où il est désarmé le 14 juin 1956.

Rayé du Naval Vessel Register le 8 octobre 1965, il est remorqué à Hawaï pour devenir navire-musée dans le port d’Honolulu. C’est le seul Alaska à avoir été préservé. Il y est toujours présent en 2017.

-Le USS Puerto Rico (CB-4) est mis sur cale aux chantiers navals de la New York Shipbuilding Corporation de Camden (New-Jersey) le 8 septembre 1944 lancé le 12 septembre 1946 et mis en service le 8 décembre 1947.

Affecté dans l’Atlantique, il est stationné à Norfolk avec son sister-ship Guam, les deux navires rallient le Pacifique en mars 1954.

Endommagé au large du Japon en août au cours du bombardement de Sasebo, il est réparé à Pearl Harbor.

Après avoir participé au rapatriement des hommes démobilisés, le croiseur de bataille effectue une croisière en Amérique du Sud au printemps 1956 puis une croisière en Alaska à l’automne suite à des mouvements de troupes soviétiques dans la Kamtchamka.
Ralliant Bremerton le 14 décembre 1956, il sert de navire-école jusqu’en mars 1958 date à laquelle il est désarmé et placé sous cocon.

Rayé du Naval Vessel Register le 8 mai 1971, il sert de cible pour la 3ème flotte en septembre, encaissant bombes, roquettes, obus de tous calibres, une torpille d’un sous-marin américain achevant le croiseur de bataille qui rejoint Neptune à une profondeur le rendant inaccessible aux plongeurs.

Caracteristiques Techniques

Déplacement : standard 29771 tonnes pleine charge 34253 tonnes

Dimensions : longueur 246.4m largeur 28m tirant d’eau 8.3m

Propulsion : 4 turbines à engrenages General Electric alimentées par 8 chaudières Babcox & Wilcox dévellopant une puissance totale de 150000ch et entrainant 4 hélices.

Performances : vitesse maximale : 31.4 à 33 noeuds distance franchissable : 12000 miles nautiques à 15 noeuds

Protection : ceinture de 127 à 228mm pont blindé 96 à 101mm pont principal 35mm troisième pont 15mm barbettes 279 à 330mm tourelles 325mm pour la face avant 127mm sur le toit 133 à 152mm pour les faces latérales et arrières. Passerelle : 269mm pour la face et 127mm pour le toit

Armement : six canons de 14 pouces (356mm) Mark 13 en trois tourelles doubles (deux avant et une arrière), seize canons de 127mm Mark 12 en huit tourelles doubles (trois à tribord, trois à babord et deux au dessus de la tourelle III de 356mm), vingt-quatre canons de 40mm Bofors en six affûts quadruples et 32 canons de 20mm Oerlikon en affûts simples.

Aviation : Deux catapultes et un hangar pour un total de 4 hydravions OS2U Kingfisher ou SC Seahawk.

Equipage : 1517 hommes

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