23-Armée de terre Ligne Maginot (3)

La ligne Mareth et les autres fortifications tunisiennes

Bunker de la ligne Mareth de nos jours

Bunker de la ligne Mareth de nos jours

En 1881, le traité du Bardo établit le protectorat français sur la Tunisie que convoitait également l’Italie. Si la France à obtenu gain de cause, c’est en partie avec le soutien britannique, Londres ne voulant surtout pas qu’un même pays ne puisse contrôler les deux rives du détroit de Sicile qui sépare les deux bassins de la Méditerranée.

La priorité est donnée à la protection de Bizerte, une protection essentiellement orientée vers la mer et un raid d’une flotte ennemi contre cette position stratégique, les défenses terrestres étant pour ainsi dire inexistantes.

L’arrivée au pouvoir de Mussolini comme ailleurs en Europe rend la position de la Tunisie difficile à la merci à la fois d’un débarquement amphibie depuis la Sicile et le sud de la péninsule et une attaque depuis la Tripolitaine.

C’est à partir de 1928 que l’état-major se préoccupe d’organiser les défenses de la Tunisie avec quatre points : l’organisation défensive de Bizerte, l’organisation antiaérienne de Tunis, l’organisation défensive du Sud-tunisien et l’organisation de barrages défensifs, l’essentiel des ressources devant aller à la protection de Bizerte.

Les travaux commencent dès 1930 en ce qui concerne la défense du golfe de Tunis mais il faudra attendre 1935 pour que soient timidement commencés les premiers travaux dans le Sud-tunisien, alors même que le réchauffement des relations entre Rome et Paris ajourne un temps la question de la protection de la frontière tuniso-libyenne.

Cette embellie ne dure pas longtemps car en octobre 1935, l’Italie envahit l’Ethiopie mettant fin à cette lune de miel entre la France et l’Italie. Dès le mois de décembre, les travaux reprennent, aiguillonnés par le ministre de la Marine préoccupé par la nécessité de défendre Bizerte.

Le 30 décembre 1935, le ministre de la Guerre prescrit d’achever les travaux en Tunisie mais pour cela n’affecte que 400000 francs pour la main d’oeuvre militaire et un million pour le matériel. Les travaux se limitent donc à achever la position de Bizerte, à réaliser un centre de résistance pour barrage de route à la hauteur de l’oued Zigzaou et à organiser un môl de résistance dans le massif de Matmatas.

La défense antichar est améliorée à partir de juin 1936 avec l’envoi pour les défenses tunisiennes de 40 canons de 25mm avec 6000 coups et de plate-formes Arbel pour le tir de 75mm tous azimuts mais cet envoi ne résout pas la question de la défense du sud Tunisien délaissée en raison de budgets faméliques.

Le 6 juillet 1936, un nouveau programme de travaux est décidé et immédiatement entrepris mais le 12 août 1936, les travaux concernant le Sud-Tunisien sont suspendus. Il faut attendre le 4 septembre pour qu’à la suite d’une réunion rassemblant le général Hanotte _commandant supérieur des troupes de Tunisie_, le général Georges et le général Huré _inspecteur du génie_ que décision est prise de reprendre les travaux pour achever au plus tôt les fortifications de la ligne Mareth et de Bizerte.

La priorité est donc encore et toujours donnée à la protection de Bizerte et de Tunis avec la réalisation de barrages défensifs.

Le projet approuvé en janvier 1931 et se limite au stockage du matériel destiné à la réalisation de défenses pour barrer la route de Bizerte à des forces ennemies ayant débarqué dans le Golfe de Tunis et pour barrer la route de Tunis à des forces ayant débarqué dans le golfe d’Hammamet.

La défense terrestre de Bizerte avait été longtemps négligée, seuls existaient deux forts installés au Kébir et à Remel. Dès 1930, les études sont menées et la solution adoptée est de construire une ligne de blockaus barrant l’isthme de Remel pour interdire l’accès à Bizerte à des troupes ayant débarqué à l’est. Ces blockaus sont uniquement armés de mitrailleuses, négligeant la défense antichar, la menace des blindés italiens étant réduite.

Dès 1931-32 cette position est étendue à l’oued Gareck (au sud du lac de Bizerte) pour protéger l’Arsenal de Sidi-Abdallah en interdisant l’accès entre les montagnes du Djebel Mansour, le lac et le réduit fortifié de Metline-Zebib qui lui protège les batteries de la marine notamment les deux tourelles doubles de 340mm.

En janvier 1933, l’armée et la marine forme une commission mixte d’études pour étudier la défense du Secteur Fortifié de Bizerte.

Le 31 août 1933, l’armée de terre donne son accord sur les projets présentés qui prévoient de couronner tous les sommets de petits ouvrages dominant le lac de Bizerte, le tout organisés en cinq môles de résistance répartis en trois sous-secteurs (est, sud et ouest).

L’ensemble représente environ soixante-dix blocs (mitrailleuses ou FM), observatoires, postes optiques ou PC destinés à être occupés par des troupes disposant d’un armement de campagne, le tout réalisé par la MOM. A noter qu’aucune défense anticher n’est prévue.

La défense du Golfe de Tunis et de Sousse est assurée dans le sous-secteur de Tunis par une ligne de neuf points d’appui équipés de canons antichars de 47mm et de mitrailleuses qui sont destinés à interdire les débarquements sur les plages entre La Marsa et Hamman Lif, de part et d’autre de Tunis.

Dans le sous-secteur d’Hammamet, on ne trouve que six groupes de mitrailleuses plus des installations pour l’artillerie de position (quatre canons de 75mm fournis par la 2ème batterie du 162ème RAA) alors que dans le sous-secteur de Sousse, on trouve des groupes de mitrailleuses et des installations pour l’artillerie de position (deux canons de 75mm fournis par la 2ème batterie du 162ème RAA).

La défense du secteur de Sfax est assurée par des groupes de mitrailleuses et par des installations pour l’artillerie de position.

Alors que les travaux concernant les défenses du Nord de la Tunisie battent leur plein, ceux concernant le Sud-Tunisien n’ont pas commencé. Alors que la menace est évidente, les autorités françaises tergiversent alors que dès juillet 1931, le général Naullin inspecteur en AFN attire l’attention sur la vulnérabilité de la frontière entre la Tunisie et la Tripolitaine.

Il envisage une défense de Gabès, une fortification de campagne et non une position fortifiée permanente. Il envisage également de combattre dans les monts Matmatas pour user un ennemi opérant dans la plaine de Gabès.

En 1933, le général Georges succède au général Naullin. Il reprend l’idée de tenir la ligne Toujane-Mareth pour arrêter un adversaire progressant vers Gabès. Le Commandement Supérieur des Troupes de Tunisie entreprend une étude plus détaillée, le commandant Rime-Bruneau, étant chargé à partir du 7 décembre 1933 de coordonner les travaux.

La position est longue de 25km entre la mer et une petite colline, suivant le cours du Zigzaou, le seul obstacle naturel utilisable comme défense. Aucun réalisation n’est menée en 1934 en raison du manque de crédits et en 1935, le rechauffement des relations franco-italiennes empêche toute construction de fortifications.

Il faut attendre la fin 1935 pour que les travaux commencent, des travaux modestes. La ville de Gabès est ceinturée par une série de dix blockhaus d’infanterie et d’un observatoire, trois autres blockaus assurant la défense des plages.
Cette ligne de défense protège la ville mais laisse la possibilité pour un adversaire manoeuvrier de la contourner par l’ouest.

Le lieutenant-colonel Rime-Bruneau est convaincu que pour que la ligne soit efficace, il faut l’accrocher aux monts Matmatas ce qui double sa longueur (55km), le flanc oriental étant couvert par la mer, le flanc occidental par un relief tourmenté où la manœuvre est difficile, le Zigzaou moyennant quelques aménagements pouvant servir d’obstacle naturel.

Cette position bientôt connue sous le nom de Ligne Mareth se compose de points d’appui composés de petits blocs, de postes de commandement, d’épaulements d’armes automatiques ou antichars et de boyaux de liaison répartis entre une ligne principale de résistance (LPR) formée d’ouvrages se flanquant mutuellement et à 1550/2000m en arrière de celle-ci, une ligne d’arrêt avec des ouvrages battant les intervalles de la LPR.

On compte vingt-huit points d’appui sur la LPR (P1 à P28) et vingt et un sur la ligne d’arrêt (A1 à A20 + un A12bis) soit un total de 45 blockaus d’infanterie, 28 PC et huit casemates à canon.

Tout le long de la position, un obstacle antichar est réalisé avec près de l’embouchure du Zigzaou une inondation défensive, l’utilisation du Zigzaou en obstacle antichar avec l’aménagement des berges et dans la plaine, on trouve des rails antichars comme dans le Nord-Est.

Cette position comparable à des défenses de campagne est solide surtout face aux moyens déployés à l’époque par l’Italie mais elle à l’inconvénient de laisser 150km à la merci d’une offensive italienne venue de Tripolitaine.

A la fin des années trente, les forces d’Afrique du Nord commandés par le général Nogues envisagent de livrer bataille en Tripolitaine. Le lieutenant colonel Rime-Bruneau _le père de la ligne Mareth_ propose de verrouiller les deux axes menant à la Tripolitaine en transformant en point d’appui, les oasis de Ben Gardane er de Tataouine. Les travaux lancés durant la guerre de Pologne ne seront achevés qu’en 1942.

Comme en métropole, la tentation est grande de réaliser un front continu. Rime-Bruneau propose donc de prolonger la ligne Mareth au-delà des Matmatas pour se reprendre sur le grand Erg orientale afin d’éviter que la position soit tournée par l’ouest. Rime-Bruneau craint qu’un ennemi résolu s’empare du défilé de Ksar el Hallouf pour franchir le Dahar pour déboucher dans le dos de la ligne principale. Ces travaux vont être menés dans le cadre des travaux CEZF avec des ouvrages indépendants entourés de champs de mines et de barbelés.

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