10-Contre-torpilleurs (1)

10°) CONTRE-TORPILLEURS

Avant-propos

Le torpilleur de défense mobile n°86

Le torpilleur de défense mobile n°86

En 1887, le torpilleur de défense mobile N°68 (type Normand 33m, 46 tonnes) fût transféré par chemin de fer de Toulon à Cherbourg provoqua l’angoisse de la presse britannique et relança les invasion scares, ces bouffées délirantes, craignant une invasion française, bouffées souvent liées à la mise en service d’un nouveau navire ou d’une nouvelle arme au sein de la Royale. La multiplication des torpilleurs dans les marines françaises et russes firent craindre une submersion des torpilleurs britanniques, écrasés par le nombre.

On chercha donc des parades et après plusieurs essais infructueux, les anglais aboutirent à un navire qu’ils appelèrent Torpedo Boat Destroyer (TBD) bientôt connu sous la forme générique de destroyer (destructeur). La France ne tarda pas à imiter la «Perfide Albion» en créant son propre «destructeur» appelé dans la langue de Molière le contre-torpilleur.

Ce terme est apparu une première fois brièvement en 1890 mais ce n’est qu’en 1896 que le terme s’impose quand les avisos-torpilleurs sont reclassés contre-torpilleurs d’escadre avant que le terme escadre ne disparaisse en 1900 et celui de contre-torpilleur en 1913 quand les contre-torpilleurs sont reclassés torpilleurs d’escadre.

Quand le premier conflit mondial se termine, la marine nationale dispose sur le papier de treize contre-torpilleurs de 800 tonnes (trois autres mis en service après l’armistice), onze de 450 tonnes et quarante-sept de 300 tonnes soit soixante-onze navires mais l’immense majorité n’ont plus aucune valeur militaire et sont condamnées entre 1919 et 21.

L'Amiral Senès, ex-S 113 annonce les futurs contre-torpilleurs de la Royale renaissante

L’Amiral Senès, ex-S 113 annonce les futurs contre-torpilleurs de la Royale renaissante

Pour faire la soudure avec les futures constructions neuves, la marine nationale récupère des unités ex-allemandes et ex-austro-hongroises, la plupart d’un tonnage semblable aux unités nationales mais le destroyer S113 rebaptisé Amiral Sénès avec son déplacement de 2060 tonnes et son armement de quatre canons de 150mm annonce les futurs contre-torpilleurs de la marine nationale.

La marine nationale sort durablement affaiblie du premier conflit mondial, connaissant une profonde crise matérielle et morale. Tout est à reconstruire ou presque.

Fort heureusement, la Royale va bénéficier d’un contexte national et international favorable. Sur le plan national, les pertes du premier conflit mondial font craindre des «classes creuses» et une nouvelle infériorité numérique vis à vis de l’Allemagne.

Ce handicap, on espère le compenser en faisant appel aux colonies et pour transporter les zouaves, goumiers et autres tirailleurs en métropole, il faut une puissante marine pour escorter les transports de troupes.

Sur le plan international, la France à signé le traité de Washington, traité qui fait d’elle une puissance navale de seconde zone, à parité avec l’Italie et loin des Etats Unis, de la Grande-Bretagne et du Japon.

Paradoxalement, ce traité va être bénéfique pour la reconstruction de notre marine en limitant ses ambitions, en se gardant d’aventures comme le programme de 1912 avec de nombreux cuirassés dont aucun ne sera achevé.

La  priorité est donnée aux unités légères, les croiseurs, les torpilleurs et les contre-torpilleurs sans oublier les sous-marins.
Le 13 janvier 1920, le ministre de la Marine Georges Leygues dépose sur le bureau des Assemblées un projet de loi dit «Projet 171» qui prescrit l’arrêt définitif de la construction des cinq cuirassés de classe Normandie, la construction de six éclaireurs d’escadre et de douze torpilleurs éclaireurs. Ce projet n’est pas adopté car Georges Leygues perd son portefeuille de ministre.

Par lettre des 17 et 18 juin 1920, le ministre Adolphe Landry demande qu’on amende le projet 171 en ajoutant 12 sous marins (6 de 550 tonnes et 6 de 1100 tonnes), modification acceptée par la Commission de la Marine Militaire.

Ce projet est encore amendé en 1921 par Gabriel Guist’hau, ministre de la Marine qui comprend 6 croiseurs de 8000 tonnes, 12 contre-torpilleurs de 2400 tonnes, 12 torpilleurs de 1455 tonnes, 36 sous marins de 550 à 1100 tonnes et la transformation de l’ancien cuirassé Béarn en porte-avions.

Ce projet est adopté en principe mais il est volontairement limité aux constructions absorbables immédiatement par les Arsenaux et l’Industrie (la construction navale privée) soit 3 croiseurs, 6 contre-torpilleurs de 2400 tonnes, 12 torpilleurs de 1500 tonnes, 12 sous marins et la transformation du Béarn.

Après deux ans de tergiversations, la première tranche du Programme naval est définitivement votée par le Sénat le 18 mars 1922.

C’est l’acte de naissance de la classe Jaguar (Jaguar Panthère Chacal Léopard Lynx Tigre) qui marque donc la renaissance de la marine nationale et le début d’une rivalité avec la marine italienne et la construction successive d’une série de contre-torpilleurs.

C’est ainsi qu’aux Jaguar succèdent les Guépard (Guépard Lion Bison Valmy Vauban Verdun) qui marquent le début de la formidable famille des «quatre tuyaux» avec notamment un changement de calibre en l’occurence cinq canons de 138mm au lieu de cinq canons de 130mm.

Le contre-torpilleur Guépard en 1930-31

Le contre-torpilleur Guépard en 1930-31

Ces «quatre tuyaux» sont marqués par un appareil propulsif plus compact et des chaudières plus puissantes qui permet d’en réduire le nombre de cinq à quatre chaudières.

Aux Guépard succèdent la classe Aigle composée de quatre plus deux navires. Les quatre premiers financés à la tranche 1927 et baptisés Aigle Vautour Albatros Gerfaut sont pour ainsi dire identiques aux Guépard avec des modifications peu visibles si ce n’est un armement plus moderne et un télémètre stéréo.

Le contre-torpilleur Aigle

Le contre-torpilleur Aigle

Les deux navires suivants financés à la tranche 1927 et baptisés Milan et Epervier. Ces navires sont tantôt considérés comme des Aigle, tantôt comme une classe spécifique. Par rapport aux Aigle, ces deux navires se distinguent par un arrière en cul de poule (déjà prévu pour la classe suivante), une coque plus longue (129.30m contre 122.40m), une puissance propulsive accrue (68000 contre 64000ch) et un tube lance-torpilles de plus.

Le contre-torpilleur Milan

Le contre-torpilleur Milan

La tranche 1928 finance la construction de six contre-torpilleurs d’un nouveau type, les «2700 tonnes» (les Jaguar, Guépard et Aigle étaient considérés comme des «2400 tonnes») ou la classe Vauquelin du nom de la première unité mise sur cale (Vauquelin Kersaint Cassard Tartu Maillé-Brézé et Chevalier Paul) qui portaient des noms de grands marins français.

Le contre-torpilleur Maillé Brézé

Le contre-torpilleur Maillé Brézé

Aux Vauquelin succèdent les contre-torpilleurs de classe Le Fantasque (Le Fantasque L’Audacieux Le Malin Le Terrible Le Triomphant et L’Indomptable) financés à la tranche 1930.

Le contre-torpilleur Le Fantasque en 1937

Le contre-torpilleur Le Fantasque en 1937

A la différence de la série Guépard/Aigle/Milan/Vauquelin, les Fantasque ne disposent plus que de deux cheminées avec une puissance propulsive supérieure (74000ch) et un armement plus puissant qu’il s’agisse d’un canon de 138mm plus puissant d’une troisième plate-forme triple soit neuf tubes de 550mm.

Aux Fantasque succèdent une nouvelle classe de contre-torpilleurs qui marquent l’apogée de la flotte de «French superdestroyers». Les Mogador et Volta sont en effet de véritables petits croiseurs puisque ces navires financés respectivement aux tranches 1932 et 1934 sont armés de huit canons de 138mm en quatre pseudo-tourelles doubles alors que l’armement en torpilles passe à dix tubes de 550mm.

Le contre-torpilleur Volta

Le contre-torpilleur Volta

La volonté de conserver le principe des DCT à trois unités entraine le financement de quatre navires semblables aux Mogador, des navires baptisés Hoche Marceau Desaix Kléber qui auraient du être identiques aux Mogador mais qui au final, seront différents avec quatre tourelles doubles de 130mm à double usage qui rééquiperont également les Mogador et Volta.

Le décret-loi du 1er avril 1940 finance la construction de six nouveaux contre-torpilleurs destinés à remplacer en 1944-45 les Jaguar qui atteindront alors la fin de leur carrière opérationnelle. Ces navires sont baptisés Bayard Du Guesclin Turenne Bugeaud Du Chayla et Dupetit-Thouars.

Les Bayard sont pour ainsi dire des copies des Hoche, reprenant le tracé de coque, la propulsion et l’armement principal (8 canons de 130mm) alors que le nombre de tubes lance-torpilles est porté à douze. La DCA légère est améliorée tout comme l’armement ASM. C’est également la première classe à intégrer dès la construction des détecteurs électroniques qui imposent un certain nombre de servitudes nouvelles comme un mat renforcé.

Les tranches 1942 et 1943 du programme naval du 14 mai 1941 financent la construction de six contre-torpilleurs de classe Bruix qui sont identiques aux Bayard moins des modifications de détail.

Ces navires baptisés Bruix D’Assas La Tour d’Auvergne Magon Dunois et La Hire vont remplacer ainsi les Guépard.

Enfin, la tranche 1947 finance la construction de six contre-torpilleurs semblables aux Bruix et théoriquement destinés à remplacer les Aigle mais le déclenchement de la guerre bouleversera le programme et les Guépratte Ronar’ch Maillé Brézé D’Estaing Vautreuil et Aumale auront un destin bien différent.

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