L’armée de l’air s’adapte : appui-tactique et bombardement stratégique (2)

Quels avions pour l’armée de l’air ?

Quand l’armée de l’air entre en guerre en septembre 1939, elle est en pleine période de croissance et de modernisation, elle est donc loin d’être prête à faire la guerre.

Si le conflit polonais s’était prolongé par une attaque à l’ouest, les pilotes français auraient mené le combat sur un matériel sensiblement inférieur à celui aligné par la Luftwafe soit en raison de sa vétusté soit parce non débarassé de ses maladies de jeunesse..

Chasse

-Le principal chasseur de l’armée de l’air au printemps 1940 (c’est à partir de cette date que le plan V et ses successeurs portent réellement leurs fruits) est le Morane Saulnier MS-406. Il est issu du MS-405 qui effectua son premier vol le 8 août 1935.

 

Plan deux vues du Morane-Saulnier MS-406

Aux deux prototypes et aux quinze appareils de pré-série succédèrent des appareils de série connus sous le nom de MS-406. Ces appareils étant produits par trois usines, principalement Puteaux, Tarbes et Bouguenais après la nationalisation.

Quand la guerre de Pologne éclate, 600 exemplaires ont été produits, chiffre qui passe à 1000 exemplaires en juin 1940 et enfin 1100 exemplaires quand la production est arrêtée en septembre 1940.

Cet appareil connu comme le «meilleur chasseur du monde» est rapidement dépassé par les progrès fulgurants de l’aviation et l’armée de l’air prend rapidement la décision de le remplacer par des appareils plus modernes.

Le MS-406 à son apogée à équipé en métropole treize groupe de chasse soit un total théoriquement en ligne de 351 auxquels s’ajoutèrent des appareils dispersés dans l’Empire où les menaces limitées pouvaient être aisément contrées par le MS-406.

Sur ces treize groupe de chasse, cinq sont transformés sur Dewoitine D-520 entre septembre 1940 et novembre 1941 et huit sur Arsenal VG-33 et ce entre septembre 1941 et juin 1943.

Néanmoins, 500 MS-406 sont transformés en MS-410, une version aux performances sensiblement améliorées même si ces travaux n’étaient que des pis-aller par rapport au choix d’un appareil plus moderne.

Ces MS-410 équipèrent les Escadrilles Régionales de Chasse (ERC) dont le rôle était d’assurer une défense locale du territoire. Le MS-410 fût ensuite remplacés par des appareils plus modernes à partir de septembre 1946.

Vingt-quatre appareils furent revendus à la Belgique pour remplacer les Fiat CR-42 sans parler de quelques exemplaires préservées comme souvenirs et comme avions d’essais.

La majorité fût envoyé dans l’Empire où les menaces aériennes étaient encore assez limitées et où les MS-406 faisaient plus office d’appareils de souveraineté qu’autre chose.

C’est ce qui explique le fait qu’un nombre non négligeable de MS-406 étaient encore en service en septembre 1948 notamment en AOF (36), à Madagascar, à la Martinique, à la Guadeloupe et en Guyane (12 appareils chacun).

 

Bloch MB-152 en vol

L’autre chasseur important de l’armée de l’air au printemps 1940 est le Bloch MB-152, un petit monomoteur compact au moteur radial.

Issu du MB-151 produit à 144 exemplaires pour l’entrainement et l’export (85 pour l’armée de l’air, 30 pour l’aéronavale, 4 pour essais à la SNACSO et 25 à l’armée de l’air grecque), le MB-152 effectue son premier vol le 15 décembre 1938 et va être produit à 700 exemplaires; Cet appareil est suivi par le Bloch MB-155 produit à 400 exemplaires dans la proportion de 150 appareils neufs et de 250 conversions de MB-152.

Au printemps 1940, le Bloch MB-152 équipe huit groupes de chasse soit un total théorique de 216 chasseurs en ligne. Si la production du MB-152 ne s’arrête qu’en décembre, son remplacement par le Bloch MB-155 commence dès le mois de septembre et est achevé en janvier 1942 à une époque où le MB-155 n’est plus un chasseur de première jeunesse surtout en Europe.

Privilégiant l’équipement des nouveaux groupes, ce n’est qu’à partir de septembre 1945 que les huit groupes équipés commencent leur transformation sur un appareil plus moderne en l’occurence le Bloch MB-159 sans conteste le meilleur chasseur français en service en septembre 1948. Cette transformation qui devait s’achever en mars 1947 ne sera terminée qu’en septembre de la même année.

Quand éclate le second conflit mondial, les seuls MB-155 encore en service sont ceux en service à Djibouti à savoir 27 appareils.

 

Curtiss H-75 en vol

Manquant d’appareils modernes immédiatement disponibles, la France se tourne vers l’étranger à la fin des années trente pour s’équiper notamment les États-Unis qui acceptent de vendre des Curtiss H-75. Un total de 730 appareils sont commandés en quatre versions et tous livrés jusqu’au printemps 1942.

Au printemps 1940, quatre groupe de chasse sont équipés du chasseur américain soit 108 appareils en ligne en métropole. A cela s’ajoute, un groupe colonial de chasse dans les mandats libanais et syriennes  de 36 appareils plus un GCC en Indochine de 36 appareils soit un total de 180 appareils ce qui laisse un très confortable volant de fonctionnement.

 

Curtiss H-81

Le 10 mai 1939, 185 Curtiss H-81 sont commandés (désignation américain : P-40) et livrés entre septembre 1940 et janvier 1942. Cet appareil plus moderne que le H-75 commence à remplacer son devancier en juin 1942, la transformation de ces quatre groupes étant achevé en septembre 1943.

Le GCC libano-syrien reste équipé de cet appareil jusqu’en septembre 1948 alors que le GCC indochinois va être transformé au printemps 1944 sur D-520 ce qui homogénéise la chasse en Extrême Orient, les trois GCC disposant du meilleur chasseur français du début de la décennie quarante, un appareil encore tout à fait valable en 1948.

A noter qu’entre-temps, de nouvelles commandes ont porté les H-81 commandés à 300 appareils soit un taux de remplacement de plus de 100%, le retour des républicains au pouvoir en 1944 ayant poussé la France à accélérer ses commandes américaines de crainte que le président Lindbergh n’impose un embargo sur les commandes d’armement.

 

Dewoitine D-520 en vol

Le chasseur français le plus moderne en ce printemps 1940 est le Dewoitine D-520. Cet élégant monoplan à aile basse et moteur en ligne effectue son premier vol le 2 octobre 1938.

Les commandes en série vont se multiplier et la production va atteindre 1700 exemplaires jusqu’en septembre 1942 quand cesse sa production pour permettre à la firme de se concentrer sur le D-551, les derniers appareils sortis des chaines étant d’ailleurs des D-520 et des D-790 pour la marine, ce dernier étant la version embarquée du D-520.

Au printemps 1940, seuls deux groupes de chasse sont équipés en métropole de ce rutilant appareil, un chiffre bien inférieur au calendrier initial. Cinq groupes précédemment équipés de MS-406 sont transformés sur D-520 entre septembre 1940 et novembre 1941 portant le total à sept groupes de vingt-sept appareils en métropole soit 189 appareils.

Le GRC (Groupe Régional de Chasse) basé en Corse reçoit ces 36 appareils entre décembre 1941 et janvier 1942. Il est suivit par le GCC indochinois mais ce rééquipement n’a lieu qu’au printemps 1944 avec 36 appareils. Deux autres GCC sont créés en Extrême-Orient en septembre 1944 et mars 1945 portant le nombre de D-520 déployés en Indochine à 108 appareils.

L’Aviation Navale va commander 48 appareils pour armer ses escadrilles embarqués plus 24 autres appareils pour servir de volant de fonctionnement pour remplacer les appareils perdus soit un total de 72 exemplaires.

 

Potez 631 en vol

En ce printemps 1940, l’armée de l’air dispose également de cinq escadrilles de chasseurs bimoteurs Potez 631, quatre d’entre-elles servant à la chasse de nuit et la cinquième opérant de jour. Ce n’était qu’une question de temps avant que les unités de chasse multimoteurs se développe au sein de l’armée de l’air pour faire pièce aux Zersöster allemands.

——

En mai 1940, l’armée de l’air disposait donc de vingt-sept groupes de chasse, nombre qui fût porté comme nous l’avons vu à 32 (printemps 1941), à 36 (septembre 1941), à 40 (mars 1942), 46 (juin 1943) et enfin à 48 en juin 1944, chiffre qui n’évolua pas jusqu’en septembre 1948.

Les cinq nouveaux groupes de chasse créés entre novembre 1940 et mars 1941 (un par mois même si il s’agit d’une création administrative, la montée en puissance prenant bien entendu plus de temps) sont équipés d’appareils modernes en l’occurence pour deux d’entre-eux des Bloch MB-157 et pour trois autres d’Arsenal VG-36, version dérivée du VG-33.

Les quatre nouveaux groupes de chasse créés entre mai et septembre 1941 reçoivent ce qui se fait de mieux en matière de chasseur en France en l’occurence les premiers Dewoitine D-551 de série récemment sortis des chaines de production de la SNCAM à Saint Martin du Touch près de Toulouse où était fabriqué l’appareil.

Les quatre nouveaux groupes de chasse activés entre décembre 1941 et mars 1942 reçoivent eux des Bloch MB-157 le plus rapide chasseur français de l’époque avec des pointes dépassant les 700 km/h

Entre juin 1942 et mai 1943 ce sont pas moins de six groupes de chasse qui sont activés par l’armée de l’air avec pour équipement, des Arsenal VG-39, un autre dérivé du VG-33.

Un 43ème GC est créé en septembre 1943 avec pour équipement les premiers Bloch MB-159, une version améliorée du MB-157 et un 44ème groupe de chasse voit le jour en mars 1944 avec comme équipement des Dewoitine D-551.

Au printemps 1940, de nombreux projets étaient en cours pour accompagner la croissance et la modernisation de l’armée de l’air. Parmi ces projets, plusieurs projets de chasseurs, certains aboutissant à la production en série alors que d’autres ne dépassèrent pas le stade du prototype.

 

Arsenal VG-33

La crainte de manquer de matériaux stratégiques poussa l’armée de l’air à encourager la mise au point et la production d’appareils utilisant du bois. Parmi ces appareils on trouve, l’Arsenal VG-33 qui effectua son premier vol au printemps 1939.

Cet appareil prometteur allait équiper huit groupes de chasse soit 216 appareils en ligne plus un nombre équivalent en réserve, l’armée de l’air estimant qu’avec des appareils aussi performants, il n’y avait aucune raison de ne pas posséder un taux de réserve de 100%.

432 Arsenal VG-33 furent donc livrés entre août 1940 et juin 1942. Une commande additionnelle de 124 appareils fût ensuite passée en septembre 1943 pour des livraisons qui se sont échelonnés entre décembre 1943 et octobre 1944. Au final l’armée de l’air à donc reçu 556 VG-33.

Au VG-33 succéda (ou plutôt coïncida) le VG-36 qui se distinguait de son devancier par une cellule redessinée pour pouvoir accueillir un moteur plus puissant et en tirer toute la quintessence.

Cet appareil va équiper équiper trois nouveaux groupes de chasse activés entre janvier, février et mars 1941 soit un total de 81 appareils en ligne. A cela s’ajoute les 81 appareils de réserve soit un total de 162 appareils commandés et livrés entre janvier et octobre 1941, l’usine fabriquant aussi bien des VG-33 que des VG-36 voir des VG-39.

Le VG-39 est l’ultime déclinaison de la famille VG (les autres projets n’ayant pas dépassé le stade de la planche au dessin où n’ayant pas connu de début d’exécution). Pas moins de six groupes de chasse vont recevoir le nouvel appareil, les 324 appareils commandés étant livrés entre mai 1942 et juin 1944.

Au total, l’armée de l’air à commandé et reçut 1042 appareils de la famille VG33/36/39 pour équiper ses GC.

La nécessité de remplacer les MS-410 des Escadrilles Régionales de Chasse (ERC) pousse l’armée de l’air à commander en mai 1946 72 Arsenal VG-39bis, une version amélioré du VG-39 pour équiper six des douze ERC maillant le territoire métropolitain.

Ces appareils sont livrés entre juillet  1946 et janvier 1947. 36 appareils de réserve sont commandés en mars 1947 et livrés entre mai et août 1947. Au total, le nombre de VG produits s’établit à 1150 exemplaires, un chiffre plus que remarquable.

En janvier 1948, 200 Arsenal VG-39bis supplémentaires sont commandés et livrés jusqu’en novembre 1948, la guerre ayant éclaté entre-temps. Ces appareils vont servir d’appareils de réserve mais également à équiper des unités de mobilisation notamment plusieurs escadrilles polonaises.

Le Bloch MB-152 et le Bloch MB-155 étaient de bons appareils mais au potentiel d’évolution limité ce qui explique qu’ils furent rapidement déclassés. Ils furent remplacés par le Bloch MB-159.

 

Bloch MB-157

Suite au dévellopement du Gnôme-Rhône 14R Météore de 1700cv, la firme SNCASO décida de l’intégrer au Bloch MB-155 donnant naissance au Bloch MB-156 mais au final, on préféra développer un nouvel appareil pour tirer la quintessence de ce moteur. C’est l’acte de naissance du Bloch MB-157.

Le prototype effectue son premier vol en juillet 1940 et fût suivit de six appareils de pré-série pour accélérer la mise au point, appareils livrés en août 1940.

Les essais étant satisfaisants, l’armée de l’air ne perd pas de temps et passe une première commande de 54 appareils en septembre 1940 pour équiper deux groupes de chasse qui sont activés en novembre et décembre 1940, les appareils étant livrés entre octobre 1940 et avril 1941.

Une deuxième commande de 108 appareils est passée en mai 1941 pour équiper les quatre groupes de chasse activés entre décembre 1941 et mars 1942. Les appareils en question sont livrés entre juin 1941 et mai 1942.

La commande suivante passée en juin 1942 est destinée à fournir un volant de réserve. Les 54 appareils commandés sont livrés entre juillet et novembre 1942.

La quatrième commande passée en janvier 1943 est destinée à compléter le volant de réserve et obtenir un taux de remplacement de 100%. 108 appareils sont donc commandés et livrés entre février et décembre 1943.

Après ces 324 appareils, l’histoire du Bloch MB-157 aurait pu s’arrêter là mais en juin 1946, décision est prise de remplacer les MS-410 des ERC. Six ERC doivent recevoir le VG39bis mais il en reste six à équiper.

Trois d’entre elles devant recevoir le MB-157, l’armée de l’air passe commande en septembre 1946 de 54 appareils répartis entre les appareils en ligne (36) et le volant de réserve (18), appareils livrés entre janvier et juillet 1947.

En janvier 1948, une commande _ultérieurement dite de ”guerre”_ est passée pour 80 Bloch MB-157 qui sont livrés entre janvier et septembre 1948 pour augmenter les stocks mais également pour maintenir les chaines de fabrication ouverte.

 

Caudron CR-714

Le Caudron CR-714 était un autre chasseur léger construit en bois qui effectua son premier vol en août 1938. Des performances décevantes limitèrent sa production à 56 exemplaires qui furent rapidement stockés. Des versions dérivées appelées Caudron CR-760 et 770 ne dépassèrent pas le stade du prototype. 

Bloch MB-700

Répondant au même programme que le CR-714, le Bloch MB-700 effectua son premier vol le 19 avril 1940. Les bonnes performances poussèrent les ingénieurs de la firme à envisager une version embarquée baptisée MB-720 mais qui resta à l’état de projet.

Aucun appareil de série ne fût produit pour l’armée de l’air mais le gouvernement polonais en exil en France cherchant un chasseur moderne pour sa Force Aérienne Polonaise Libre (FAPL) (Darmowe Polskie Sily Powietrzne) sélectionna le MB-700 qui fût produit à 250 exemplaires. Ces appareils sont livrés aux polonais entre septembre 1941 et octobre 1943 pour équiper cinq groupes de vingt-sept appareils.

 

SNCAO CAO-200

Le CAO-200 ne dépassa pas le stade de la présérie avec un prototype qui effectua son premier vol le 31 janvier 1939 et douze appareils de pré-série qui furent utilisés pour des tests à Villacoublay. Les appareils en question sont stockés pour être réutilisés si nécessaire en cas de conflit.

Potez 230

Même chose pour le Potez 230 qui fût produit à un seul exemplaire qui effectua son premier vol en janvier 1940 et fût stocké en dépit d’un mode de construction original pour sa voilure.

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7 réflexions sur “L’armée de l’air s’adapte : appui-tactique et bombardement stratégique (2)

  1. Pas d’aviation à réaction en 1948? Il y aurait pourtant des choses à dire sur les Arsenal VG 70/80/90 ou sur les « tuyaux de poële » de chez Leduc.

    • clausmaster dit :

      Bonjour

      Il y aura probablement quelques appareils expérimentaux mais connaissant le conservatisme des état-majors (voir les difficultés de Frank Whittle en GB) je pense que ce serait trop audacieux d’y voir des avions à réaction en service.

      • Du coup, ça dépendra de ce que feront l’Allemagne et l’Italie. Ce serait d’ailleurs amusant que l’Italie soit la première nation à aligner une escadrille de chasse composée de jets (probablement peu performants, mais que ne ferait-on pas pour le prestige du fascisme?).

      • clausmaster dit :

        Je pense que j’en parlerai dans la partie consacrée à l’armée de l’air

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  3. Christophe dit :

    Bonjour,
    Je viens de trouver ce blog – c’est un boulot grand et magnifique. Je suis l’amateur de l’uchronie (« l’histoire alternative » en polonais aussi qu’en anglais 😉 ) et d’autre part j’aurai une occasion d’entraîner mon français, abandonné et oublié un petit peu. Je voudrais corriger une petite faute de la traduction français-polonaise. Force Aérienne Polonaise Libre (FAPL) c’est Wolne Polskie Sily Powietrzne .

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