Arrière plan politique et culturel (3)

C-Réforme constitutionnelle et marche à la guerre (1940-1948)

 La campagne électorale au délà du traditionnel clivage droite/gauche avait généralement opposé les pacifistes partisan d’un accord avec l’Allemagne pour rétablir définitivement la paix (quitte à sacrifier la Pologne) et les bellicistes conscient que la paix est encore fragile et que tout ou tard, la France et l’Allemagne devront s’affronter pour la troisième fois en moins d’un siècle après 1870 et 1914.

La victoire du PSF marque le triomphe des bellicistes. Certes, les hommes du colonel de La Rocque ne sont pas prêts à chercher la guerre à tout prix (beaucoup de cadres dirigeants et même les simples militants sont d’anciens combattants encore traumatisés par la boucherie de 14-18) mais ils sont lucides : la question n’est pas de savoir si la guerre éclatera mais quand.

 

André Tardieu

Bien que le Parti Social Français (PSF) soit le premier parti à la Chambre, c’est un membre du Centre Républicain, André Tardieu qui est investit Président du Conseil par 470 voix contre 137.

Partisan d’un renforcement du pouvoir exécutif, il propose aux chambres une modification des lois constitutionnelles de 1875 qui prévoit un renforcement du pouvoir exécutif, l’établissement du référendum et le rétablissement de la pratique de la dissolution pour aboutir à une Chambre plus docile.

 

Albert Lebrun

Ce projet est violement combattu par la gauche et même par le président Lebrun réélu en mai 1939 pour un nouveau mandat de sept ans soit jusqu’en avril 1946.

Le président du conseil passe outre et suite un vote des deux assemblées, organise le 22 septembre 1940 un référendum consultatif. La question est la suivante «Approuvez vous la réforme constitutionnelle proposée ce jour ?».

La participation est élevée (86%) et le oui l’emporte largement avec 57% des voix contre 43% pour le non. Les résultats conduisent le président Lebrun à démissionner (25 septembre 1940). C’est le président du Sénat, Jules Jeanneney qui assure l’intérim.

La réforme constitutionnelle est validée par une loi organique votée le 7 octobre 1940. Le président de la République reste élu pour sept ans mais par un collège électoral élargi avec les députés, les sénateurs, les conseillers généraux et des représentants des conseils municipaux soit environ 75000 personnes. Il nomme le président du conseil qui bénéficie de pouvoirs élargis par rapport à la Chambre des Députés, l’investiture devenant pour ainsi dire facultative.

Le président sur proposition du Président du Conseil peut dissoudre la Chambre des Députés et peut consulter le peuple par référendum sur des questions d’intérêt national. On assiste au début de la décentralisation avec le regroupement des départements en provinces.

Ces dernières sont des regroupements de départements. Ces derniers continuent d’exister mais leurs pouvoirs sont assez limités, la majorité des pouvoirs appartient au préfet de région, nommé par Paris sous réserve de l’accord d’une Assemblée Provinciale élue au suffrage indirect (grands électeurs seulement à savoir des maires, des députés et des conseillers généraux).

 

départements et provinces de France

C’est une loi du 15 novembre 1940 qui trace le contours des dix-sept provinces métropolitaines :

-Province de Bretagne (Nantes) : Loire Inférieure (Atlantique à partir de 1944), Ile et Vilaine, Morbihan, Côtes du Nord et Finistère

-Province du Poitou (Poitiers) : Vendée, Charentes et Charentes-Maritime, Deux Sèvres, Vienne et Haute Vienne

-Province d’Aquitaine (Bordeaux) : Gironde, Dordogne, Lot et Garonne, Landes et Pyrénnées-Atlantique

-Province d’Occitanie (Toulouse) : Lot Aveyron Tarn et Garonne, Tarn, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrennées et Ariège.

-Province du Languedoc (Montpelier) : Pyrenées orientales, Lozère, Hérault, Gard et Aude

-Province de Provence (Marseille) : Corse, Bouches du Rhône, Var, Alpes Maritimes, Vaucluse, Hautes Alpes Alpes de Haute Provence

-Province Alpine (Grenoble) : Isère, Ain, la Savoie et la Haute Savoie

-Province de Bourgogne (Dijon) : Yonne, Nièvre, Côte d’Or, Saône et Loire, Jura et Doubs

-Province d’Alsace (Strasbourg) : Haut-Rhin, Bas-Rhin et Territoire de Belfort

-Province de Lorraine (Metz) : Meuse, Meurthe et Moselle, Moselle, Vosges

-Province de Champagne (Chalons sur Marne) : Ardennes, Marne, Aube et Haute Marne

-Province de Flandre-Picardie (Lille) : Nord, Pas de Calais, Somme, Aisne, Oise

-Province d’Ile de France (Paris) : Seine, Seine et Oise et Seine et Marne

-Province de Normandie (Rouen) Seine Inférieure (Maritime à partir de 1944), Eure, Eure et Loire, Orne, Manche et Calvados

-Province du Val de Loire (Tours) Mayenne, Sarthe, Loir et Cher, Loiret, Indre, Indre et Loire, Cher, Maine et Loire

-Province d’Auvergne (Clermont-Ferrand) : Creuse, Allier, Puy de Dôme, Corrèze, Cantal Haute-Loire

-Province du val de Rhône (Lyon) : Loire, Rhône, Ardèche et Drôme

En ce qui concerne l’Algérie, aucun changement, elle est toujours divisée en cinq départements : Alger, Oran, Constantine, Bône et les Territoires du Sud, chaque département dirigé par un préfet qui est subordonné au gouverneur général installé à Alger. Aucun changement non plus concernant les Antilles, l’AEF et l’AOF jusqu’en 1945 quand les Antilles et la Réunion reçoivent le statut de généralité à mi-chemin entre le département et la province.

Les élections présidentielles selon la loi du 7 octobre 1940 ont lieu comme prévu soixante jours après le vote de la loi soit le 5 janvier 1941. André Tardieu est élu avec 41000 voix contre 25700 pour le radical Camille Chautemps et 8300 voix pour Maurice Thorez, le candidat uni de la gauche.

 

Paul Reynaud

Le nouveau président nomme à la Présidence du Conseil, Paul Reynaud qui occupait le poste de ministre des Finances dans le gouvernement sortant.

C’est donc un changement dans la continuité dans la politique générale avec le sacrifice du sacro-saint équilibre budgétaire et une politique de réarmement massif, promettant que «les sacrifices des français ne seront pas vains, les français bénéficieront une fois la paix revenue,des fruits de la Révolution Nationale» (discours d’investiture du président du conseil le 12 janvier 1941)

La durée hebdomadaire du travail est donc portée à 48h, la loi des 40h étant abrogée, l’industrie d’armement et de la construction navale bénéficie même d’une dérogation pour permettre aux ouvriers de travailler 60h par semaine.

Le 5 juin 1941, Guillaume II décède à Berlin après dix-huit mois de pouvoir, un «pouvoir» très limité puisque la réalité du pouvoir appartenait au Triumvirat Borman-Himmler-Goering qui reste au pouvoir avec le Kronprinz comme nouvelle marionnette.

Cette mort ne rassure guère les chancelleries occidentales qui voyaient dans le vieil empereur, un antidote à l’aventurisme des plébéiens nazis d’autant que le Kronprinz est bien moins hostile que son père à l’idéologie nazie et surtout bien plus influençable.

«C’est une tête légère, influençable et vaniteuse, adoptant l’avis de celui qui à parlé le dernier, incapable de trancher et de décider. Bref tout le contraire de son père.» (Edouard Daladier Mémoires Tallandier 1957)

La France en première ligne en cas de conflit avec l’Allemagne décide d’accélérer encore son réarmement. L’économie largement modernisée (ou en voie de l’être) et une planification qui parvint à un compromis entre le libéralisme capitaliste et les plans quinquennaux mis en valeur sur les bord de la Volga ou dans les plaines d’Ukraine.

Le 15 septembre 1941, une nouvelle loi militaire est votée. Elle porte le service militaire à 28 mois voir 36 pour certaines spécialités mais limite la réserve opérationnelle à 50 ans pour rajeunir l’encadrement et obtenir une armée aussi dynamique que son nouveau chef d’état-major, le général Villeneuve âgé de 57 ans qui à succédé à Gamelin âgé de 68 ans en juin 1940.

 

le général Villeneuve ici en tenue de commandant en chef des forces armées européennes (FAE) en 1960 peu avant son décès

Surnommé «Général Tornade» pour son énergie, le nouveau chef d’état-major des armées va imposer sa patte ce qui sera source de conflits feutrés (ou non) avec les généraux les plus conservateurs (Giraud, Weygand) mais également l’amiral Darlan chef d’état-major de la marine de 1936 à 1942 et le général d’aviation Joseph Vuillemin, la diplomatie n’étant pas le fort de Pierre Harcourt de Villeneuve.

Cavalier puis muté dans l’infanterie, ayant commandé au front durant le premier conflit mondial, il avait pourtant stagné dans l’immédiat après guerre. Protégé du général Estienne, il défend farouchement la mécanisation et la motorisation, vantant l’idée d’un couple char-aviation autour duquel l’armée devait s’organiser.

Traumatisé comme beaucoup par les boucheries du premier conflit mondial, il veut frapper vite et fort un ennemi potentiel pour éviter de s’enliser dans un conflit interminable

Quand la défensive devient la philosophie à la mode, sa carrière stagne et il ne devient général de brigade qu’à l’àge de 51 ans en 1934. Général de division en 1937, il bénéficie de la protection de Paul Reynaud qui l’impose en juin 1940 comme nouveau chef d’état major de l’Armée.

Le contraste est saisissant avec Gamelin, un bon général certes mais prudent et réservé. Tout le contraire avec son successeur, un colosse fort en gueule dont les colères homériques font trembler les murs du château de Vincennes qui en ont pourtant vu en plusieurs siècles d’histoire. Il épuise ses collaborateurs qui pourtant lui restent fidèle car il est aussi exigeant avec eux qu’avec lui même.

Il accentue encore la mécanisation et la modernisation de l’armée de terre (la seule sur laquelle il à une autorité pleine et entière via un partisan de ses thèses _une créature diront les mauvaises langues_, le général de Ganelon), la réforme totalement .

Il allège notamment la Ligne Maginot qui retrouve sa fonction de bouclier alors qu’elle avait tendance à absorber les unités comme une éponge, perdant sa fonction initiale qui était d’économiser le nombre d’unités de combat.

La presse anglo-saxonne sous le charme _il parlait couramment anglais, sa deuxième épouse étant américaine_ après une tournée en Grande Bretagne et aux Etats-Unis au printemps 1944 le surnommera ainsi le «Patton français» pour son énergie et son mauvais caractère, les deux hommes se rencontrant et liant une amitié qui se révéla fructueuse dans les circonstances dramatiques du second conflit mondial, amitié d’autant plus forte qu’ils entretenaient de mauvaises relations avec le général Bernard Montgomery.

Le 14 mars 1944, le président Tardieu doit démissionner suite à une attaque cérébrale dont les séquelles l’emporteront à Menton le 15 septembre 1945 (il sera enterré au cimetière du Père Lachaise).

Le nouveau président du Sénat, Léon Lauvray assume un interim jusqu’au 14 mai 1945 quand est organisé un nouveau scrutin présidentiel qui voit l’élection de Paul Reynaud par 42500 voix contre 26900 voix pour Edouard Daladier et 5600 voix pour Pierre Cot.

 

Paul Ramadier

Le nouveau président de la République nomme au poste de Président du Conseil, Paul Ramadier, un ancien socialiste rallié au PSF qui mène une politique autoritaire, accentuant encore davantage la politique déjà menée par le PSF.

Les élections législatives du 30 avril et du 7 mai sont une confirmation de l’emprise du Parti Social Français (PSF) qui augmente son groupe parlementaire avec 298 députés au détriment du Parti Radical avec 80 députés et la Fédération des Républicains Indépendants avec 100 députés soit un total de  478 députés, la gauche disposant de 129 députés avec 45 pour le PCF et 84 pour la SFIO.

Cette XVIIIème législature poursuit la politique de la précédente mais prépare déjà l’après guerre en autorisant le vote des femmes et préparant ce qu’on appellera l’Etat providence bien que l’application de la majorité des mesures soit reporté à des circonstances plus favorables.

Le contexte n’est en effet guère favorable à la générosité puisque le 8 mars 1943, les S.S ont mené un coup d’Etat. Le Kronprinz soupçonné de vouloir s’entendre avec Paris et Londres est expulsé du territoire allemand. Exilé au Canada, il mouru en 1951 des suites d’une crise cardiaque.

Le triumvirat Borman-Himmler-Goering se fissure après qu’Himmler se soit proclamé Führer avec Reynhard Heydrich comme chancelier.

Goering est limogé de son poste de maréchal de l’air et commandant en chef de la Luftwafe alors que Borman parvient un temps à conserver la direction du NSDAP avant de se réfugier à Munich imité par Goering qui s’installe à Bonn.

Les germes de la guerre civile sont semés, germes qui éclatent au mois de septembre 1943 qui vont ensanglanter l’Allemagne jusqu’en mai 1945. Borman capturé dans une ferme proche de Salzbourg est exécuté après une parodie de procès le 7 mai 1945 à la prison de Plotenzee à Berlin alors que Goering avait été tué dans le bombardement de Bonn le 4 décembre 1944.

La France comprend que les temps difficiles s’annonce. Les premières mesures d’Himmler concernent d’ailleurs l’armée qui bénéficie des largesses du nouveau régime, nouveau régime où Heydrich va imposer son emprise, les facultés intellectuelles du chef de la S.S, Himmler étant assez limitées.

En septembre 1946, un réseau d’espionnage allemand est démantelé en France. Dirigé par l’Abwehr de l’amiral Wilhelm Canaris, il conduisait jusqu’au cabinet du ministre de la Guerre, Edouard Daladier qui doit démissionner puisque son conseiller diplomatique, David Guillaume était un agent allemand sous le nom de code de «Gunther».

Le président Reynaud et le président du Conseil Ramadier lui offrent cependant un exil doré puisqu’il est nommé Ambassadeur de France à Washington où il doit convaincre Charles Linbergh, président depuis 1944 et sa victoire sur Roosevelt de soutenir les alliés en cas de guerre avec l’Allemagne ce qui n’est pas chose aisée tant sont évidents les penchants pacifistes et pro-nazis du premier homme à avoir traversé l’Atlantique en avion.

Les élections du 25 avril et du 2  mai 1948 marquent un relatif changement de configuration politique. Si le PSF reste le premier parti à la Chambre des Députés, il perd près de trente députés passant de 298 à 260 députés, le parti Radical passe de 80 à 75 députés et le Mouvement Républicain Populaire (nouveau nom de la FRI) passe de 100 à 80 députés soit un total 415 députés, la gauche disposant donc de 208 députés répartis entre la SFIO (120) et le PCF (88).

Au pouvoir depuis huit ans, le PSF est usé par la gestion quotidienne de la France. L’économie en pleine expansion est encore florissante, portée par le réarmement mais la question de l’endettement et de la faiblesse du franc inquiète les épargnants.

Seules les tensions extérieures semblent avoir évité au PSF une défaite électorale majeure et sans le déclenchement du second conflit mondial, qui sait si aux élections de 1952, les français auraient envoyé une nouvelle majorité.

Le 5 septembre 1948, des raids aériens allemands sur le Danemark et la Norvège marque le début de la Deuxième Guerre Mondiale. Aussitôt Paris et Londres déclarent la guerre à l’Allemagne et décide d’apporter leur concours à la Norvège qui semble vouloir résister sous la direction d’un roi énergique, Haakon VII.

 

Haakon VII roi de Norvège

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4 réflexions sur “Arrière plan politique et culturel (3)

  1. Frédéric dit :

    Il y a peut être une erreur sur la phrase suivante

    « Les Ateliers et Chantiers de Bretagne (ACB) sont installés à la Prairie aux Ducs sur l’île Saint-Anne en plein centre-ville de Nantes. »

    Hors l’île Sainte-Anne était l’une des anciennes îles de Nantes, située au sud de l’île de la Prairie au Duc dont elle était séparée par un bras de la Loire qui sera comblé en 1902, elle constitue désormais la partie sud-ouest de l’actuelle île de Nantes dixit le wiki

    • clausmaster dit :

      Il y à pas d’erreur. Etant nantais pur sucre, c’est bien l’Ile Saint Anne, l’Ile de Nantes est plus un nom « commercial » pour désigner cette île et l’ensemble de la transformation de Nantes. C’est comme la place Louis XVI, officiellement c’est place du Maréchal Foch mais les nantais continue d’utiliser le nom Louis XVI

  2. Frédéric dit :

    Donc le nom de la  »petite » Saint Anne originelle à était reprise par la  »grande » île ?

    • clausmaster dit :

      Apparemment mais je suis pas un spécialiste pointu des îles de Nantes, fort nombreuses avec les comblements qui ont fait disparaitre Nantes comme Venise de l’Ouest.

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